
Le kitsch kitschouille est celui qui n’a ni l’excuse de la laideur volontaire, ni la ferveur d’un romantisme sublimement fané. Et c’est son mercantilisme désuet qui règne sans partage dans cette moulinetterie du « Fantôme de l’opéra » – que Benoît Solès et Julien Alluguette ont rétréci à tous les niveaux. Scéniquement d’abord : sur le plateau étroit du Théâtre Antoine, le lyrisme d’une comédie musicale gothique est forcément renvoyé à une tentative parodique qui tire plus le rire gêné que les larmes. Dramaturgiquement ensuite : pour qu’un autre spectacle (« Le Bourgeois gentilhomme ») se joue à la suite et que les caisses s’enjaillent, le roman de Leroux est drastiquement coupé. Si bien qu’aucune âme noire n’a d’espace pour inquiéter – et qu’aucun dilemme tragique n’a le temps de s’incarner. Se joue alors une tragi-comédie (Ali)express, alternant des petites bouffonneries même pas scabreuses avec des scènes sentimentales que même le Guinness des clichés trouverait injouables. Les musicals à la française – ceux de Dove Attia en particulier – composent avec la même naïveté mais déploient un grand savoir faire qui honore le genre. Mais nous ne trouvons ici que des chansons aux idées et aux rimes plus que pauvres, de la misogynie dans toutes les trappes (innocence et dépendance féminine poétisées sans retenue) – et un héros malaimé qu’on ne voit jamais vraiment, ghosté par ce spectacle d’industriels surannés, qui chassent aussi vite les spectateur·rice·s que les fantômes.


