
Spectacle postdramatique total comme la scène actuelle en offre (et en finance) encore peu, « Hamlet / Fantômes » de Kirill Serebrennikov est aussi un incontestable geste d’art qui pourrait frapper fort si la matière qu’il entend déconstruire et les problématiques qu’il en extrait n’étaient pas si déchiffrées. Car « Hamlet » est sans doute la pièce la plus relue du répertoire et nombre de mises en scène ont exploré et parfois isolé, comme l’artiste russe, les questions philosophiques, psychanalytiques et sociales qu’elle contient – et en premier l’actuel directeur du Châtelet, Olivier Py, qui en tira un feuilleton avignonnais. D’autres œuvres – Jacques Derrida magnifiquement dans Spectres de Marx – ont par ailleurs déjà exhumé la viralité politique de cette pièce littéralement hantante. Les dix variations qui composent ce « Hamlet/fantômes » sont alors des plus inégales — certaines plutôt neuves comme la seconde, menée par August Diehl, qui attaque la philosophie éternaliste léguée par ce drame du spectre à venger, et qui tue autant le père que le chef d’œuvre Hamlet ; d’autres plus embarrassantes comme le parcours libre d’Ophélie (sauvé par Judith Chemla), qui se croyant féministe recycle des clichés bien rances. Le statut du plateau, proposant autant de projections vidéographiques bien magnétiques que d’expérimentations naïvement transgressives, est par ailleurs rarement très clair et sans cesse défondé par cet agrégat spectaculaire assez égotique et creux textuellement.


