7 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

Les Incrédules
Nicolas Chesneau | Samuel Achache
Jean-Louis Fernandez

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ?

Pour le faire advenir, Samuel Achache et sa compagnie ont d’abord écouté, collecté les paroles en créant ici ou là des bureaux des miracles, offices officieux qui ont permis à Nancy comme à Naples d’accumuler des histoires pour en faire un récit. Car avec « Les Incrédules », c’est par le biais de la fiction nourrie de faits réels qu’Achache teste notre raison. Le livret co-écrit avec Sarah le Picard reste paresseusement à la surface, on peine à trouver une cohérence voire un intérêt à ce qui ressemble plus à des anecdotes qu’à des histoires extra-ordinaires. Seul le fil secondaire du tapis troué intrigue ; un livreur apporte un tapis que personne n’a commandé. Ce sera alors une surface à toutes les projections, comme jadis les tapisseries déroulaient les hauts faits, le tapis venu de nulle part dévoile par ses trous les histoires encore à écrire. Mais là encore, malgré une situation de départ romanesque, peu d’émotions parviennent jusqu’à la salle.

La forme opératique se déploie dans les largeurs ; plus de 50 musiciens en fosse, cinq de plus au plateau qui accompagnent chanteurs lyriques et comédiens, et même un nouvel instrument de musique, le miraclophone, construit pour l’occasion. On aura rarement vu une distribution aussi fournie dans une proposition d’Avignon. Connu et aimé pour son théâtre musical, Samuel Achache choisit ici l’opéra et relègue trop vite le théâtre à un rôle de doublure ; tous les personnages sont à la fois et simultanément chantés et joués, provoquant d’abord une impression d’étrangeté bienvenue mais très vite, une lassitude. Dans cette forme impressionnante mais qui laisse peu d’impressions aux spectateurs, saluons l’interprétation précise de Margot Alexandre, qui parvient à exister malgré le dispositif qui contraint les acteurs, et donne à ses personnages chair et reliefs.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

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