
Pour les ados innocent·e·s que nous étions à sa création en 2005, ce retour du « Roi Soleil » façon Ouali-Attia était l’occasion d’enfin comprendre ce que raconte – entre ces hymnes d’apprentissage (« Être à la hauteur ») et ses pommes d’amour (« Je fais de toi mon essentiel ») – cette comédie musicale qui n’a pas pris une ride. Ce qui n’est pas forcément un compliment.
Après « Molière », dernière production enlevée de Dove Attia qui ne déboulonnait pas son héros historique mais qui en montrait tout de même certains travers (misogynes surtout), nous nous demandions ce qu’il en serait politiquement avec le bien moins saltimbantesque Louis XIV. À notre époque où l’astralité des dieux et des rois est devenue un imaginaire sans lustre pour croquer la classe politique, Kamel Ouali allait-il phallocratiser le spectre mordoré d’Emmanuel Moire et lui faire faire, parmi tous les bals vice-versaillais que fait défiler le spectacle, quelques faux pas ? Que nenni. Ce « Roi Soleil » est resté aussi poupin que le visage d’Emmanuel Moire, aussi sentimentalo-individualiste que tous les titres de son livret (« s’aimer est interdit », « la vie passe », « un geste de vous »…).
Le spectacle donne en tout cas l’impression qu’il fait mieux vivre au temps de Louis XIV, montré dès le départ comme un homme sincèrement soucieux du peuple — dont il s’amourache d’ailleurs par une féminine métonymie. La statue poudrée est même plus vivante et sympathique qu’il y a vingt ans, plus tiktokeuse lorsqu’elle blague avec le public (qui raffole visiblement d’être appelé “mon peuple“), plus amoureuse puisque les personnages féminins ont été — dixit Kamel Ouali — « gonflés pour avoir quelque chose à défendre. » Les réduire aurait été plus profitable — nous aurions alors moins entendu combien la blonde angélique se disputait à la brune maléfique. Et combien la monarchie, jamais regardée comme pouvoir mais constamment exaltée comme régime (masculin) de devoir et de dépassement de soi (on doit d’ailleurs s’émouvoir d’un jeune garçon qui attend son heure dans la chanson « alors d’accord »), n’avait finalement eu pour seul problème que la jalousie d’une femme…


