2 mars 2025

Maeterlinck premier étage

L'Intruse et Les Aveugles
Tommy Milliot
© Christophe Raynaud de Lage

Tant mieux si Maurice Maeterlinck n’est plus la proie de mises en scènes éthérées, férues de symboles magnétiques et autoritaires. Tant mieux si l’on fait ressurgir l’humilité situationnelle, le suspense dramatique et la simplicité verbale dont son théâtre statique est aussi fait ; Julie Duclos avait fort bien ouvert ce chemin. À cet égard, le geste de Tommy Milliot semble à la hauteur de cette réintroduction du dramaturge symboliste au répertoire Français. Car c’est un Maeterlinck réancré dans la tradition théâtrale – celle du drame bourgeois, un Maeterlinck accessible et en même temps tenu dans son anti-spectacularité que l’on rencontre ici. Sauf que l’équilibre entre naturalisme et discret formalisme – l’esthétique de Tommy Milliot pour ainsi dire – semble confondre symbolisme et fantastique, saisissant alors « L’Intruse » et « Les Aveugles » comme deux pièces sur un quotidien vaguement troublé. Toute l’inquiétude profonde des êtres, irréductible à des événements concrets, toute la réunion bouleversante des consciences autour de la violence invisible du réel se trouvent alors trop dissipées. En voulant motiver toutes les paroles (parfois même par la psychologie, ce qui est rédhibitoire avec cette écriture), en contrôlant schématiquement le placement des corps au détriment du vivant inquiet qui devrait circuler entre eux (et entraînant une partition genrée parfois rance du plateau, avec Ursule dans « L’Intruse » notamment), Tommy Milliot n’attrape finalement que le premier étage des œuvres comme l’a toujours redouté Maeterlinck lui-même ; lui qui détestait la représentation mais qui n’a sûrement jamais rêvé d’une superficielle mise en espace.

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Pierre Lesquelen

L’image brûlée

Après le choc esthétique de Mami au dernier Festival d’Avignon, la programmation aux ateliers Berthier de Goodbye Lindita, création antérieure de Mario Banushi, dévoile l’évolution picturale de l’artiste. Sans du tout contredire son grand talent, sondons un peu l’artisanat évolutif de Banushi pour s’extraire du vieux vocabulaire critique qui pouponne
9 avril 2026

Lame de fond

Les spectacles didactiques et édifiants sur le vécu complexe des violences ont souvent mauvaise presse. Pas celui-ci. Il est vrai que les courtes scènes d’Entre parenthèses sont très démonstratives : leurs enjeux sont souvent bien saillants, leurs ultimes répliques synthétisantes et plotwistantes. La narration avance, selon une expression critique bien
8 avril 2026

Du populaire et du patrimonial

Voir à quelques jours d’intervalle Marie Stuart de Schiller, mis en scène par Chloé Dabert, puis Le Cid de Corneille monté par Denis Podalydès à la Comédie Française : de quoi mesurer deux attitudes artistiques, proches et contraires à la fois, face aux pièces historiques. Certes, les deux œuvres ne
2 avril 2026

Vanishing act

Les plus beaux gestes de théâtre documentaire sont ceux où le document rend la représensation réelle, et où le théâtre densifie le réel du document. Piano man est à cet endroit magnifique.  Dans ce spectacle dédié à un mystérieux, à un homme qui fit la une des journaux en 2005
19 mars 2026

Quand vient la peur ?

Je me rends au théâtre avec Lilou, ma nièce de neuf ans. Avant le spectacle, je lui demande de me raconter la première fois où elle a vraiment eu peur en regardant un dessin animé, en lisant un livre. Elle me répond que c’est avec la figure du basilic, le
18 mars 2026