
Le cheveu moins défait, l’air moins farouche que celui qu’on lui connaissait via le petit écran, Markobi est maintenant persuadé de tenir un bon spectacle. Une explication à ce regain d’assurance : sa consécration comme champion du monde de la cartomagie, en 2022 – comme il aime le répéter avec une totale et une fausse ironie. Car pour Markobi, ce titre ne charrie aucune mysticité. Il est avant tout un gage de qualité, un label de technicité. Le public sera donc moins esbroufé qu’il n’en aura pour ses mirettes et son porte-monnaie — sans toutefois gagner un euro de plus dans les paris impossibles auxquels l’invite cet illusionniste en grossier polo dépailleté. Markobi s’inscrit en fait dans une mouvance très actuelle de la prestidigitation : celle d’une magie réelle, que théorise le britannique Ben Earl dans un livre traduit en cette rentrée. C’est-à-dire d’une magie qui, sans brider son impact, construit une toute nouvelle aura et une émotion neuve en s’avouant comme un pur artisanat, en misant moins sur un ébahissement vertical que sur une relation collective. Markobi oublie tous les prénoms de ses complices éphémères, malmène comme beaucoup de ses confrères les jeunes spectateur·rice·s plus rationnel·le·s que les adultes, et pourtant la vraie magie qu’il déploie est autant dans ses cartes voyageuses que dans le présent profondément partagé qu’il diffuse. Le spectacle de magie était autrefois un ouvroir de rêves et de contretemps. Voilà qu’avec Markobi, génie post-Garcimore de l’imprévisible sous contrôle, il fait sa révolution postdramatique. Comme le théâtre, l’illusion devient une fête de l’instant dilaté.



