11 juillet 2025

Plagiera bien qui plagiera le dernier

Un spectacle que la loi considérera comme mien & Crawl
Olga Dukhovna
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Deux spectacles, un même geste : Olga Dukhovna, avec « Un spectacle que la loi considérera comme mien » dans le In et « Crawl » dans le Off, rassemble à travers deux propositions formellement hétérogènes une recherche pourtant bien cohérente. Le premier est presque un vadémécum pour les deux, puisque la chorégraphe invite au plateau une théoricienne, sorte de surmoi du droit privé qui la rappelle à l’ordre entre distinguant, non sans mal, influence et plagiat : à quel moment cesse l’un et commence l’autre ? En danse bien plus que pour les autres médiums du festival, les scandales sont récurrents ; les vidéos pullulent sur Internet où certains mouvements dans deux œuvres se ressemblent trop pour désamorcer la suspicion… En vérité, l’intérêt de ce « Spectacle que la loi considérera comme mien » réside moins dans son dispositif — une conférence chorégraphique, qui pourrait prendre de tristes airs de TedX —, que dans la variété des influences dansées qu’elle explore : le post-moderne croise volontiers le pop et le contemporain, de sorte qu’en accumulant les couches musicales et chorégraphiques, la proposition se bonifie, fabriquant peu à peu son propre langage par-delà les artistes dont elle s’inspire/qu’elle plagie… Peut-être un peu tard (les Vive le sujet ! restent des formats contraints), au sens où son langage singulier ne se déploie totalement que dans la conclusion, une fois les limites du droit sublimées et les différentes phrases combinées ensemble. 

En ce sens « Crawl », présenté quant à lui en ouverture du premier programme de la Belle Scène Saint-Denis, fournit un écho et un complément idéal : solo pour le Bboy Uzee Rock, celui-ci intègre les pas de break dans ceux des danses folkloriques ukrainiennes (dans le domaine public, donc). Il en résulte une hybridité roborative dont Uzee Rock, à la présence tout aussi théâtrale que chorégraphique, se repait avec grande émotion : moins démonstratives que dans le break, les figures y gagnent à la fois en délicatesse et en humour, quitte à devenir carrément contemplatives. À l’inverse d’ « Un spectacle que la loi considérera comme mien », « Crawl » théorise assez peu ; c’est pourquoi l’un et l’autre se répondent efficacement, le second comme une libre étude de cas face au cadre plus resserré, mais certes excitant, du premier. 

Victor Inisan

Victor Inisan

Docteur en études théâtrales, spécialiste de lumière de spectacle, critique à Libération et aux Midis de France Culture.

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