8 juillet 2025

Poésie de l’échec

Derrière
Claire Laureau | Nicolas Chaigneau
(c) Loïc Seron

Second volet du diptyque « Le Vide », après « Les Galets au Tilleul… » (Avignon 2022), « Derrière » déploie une série de séquences – un solo de danse contemporaine sur Bach, un numéro de clown, une scène de double meurtre… – qui ne parviennent jamais à aboutir. Autant de déclinaisons d’un raté scénique dans lequel ce qui se joue est toujours ailleurs, au-delà des maladresses et des accidents, dans le silence ou l’absence : image sans son, son sans image, spectateur invisible, présence fantomatique, voix préenregistrées… « Derrière » est un spectacle sur le fil, s’absentant presque de lui-même, dont on ne sait pas très bien s’il est à force centrifuge ou centripète, et dont les deux interprètes constituent l’insaisissable et drolatique vortex. Particulièrement inspirés par le manque d’inspiration de leurs personnages, ces derniers proposent une vraie poésie de l’échec, jusqu’à son antiparoxystique et désopilant épilogue.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Critique masquée

La critique de la critique est un exercice passionnant auquel devrait s’adonner, avec davantage de consistance, les critiques professionnels eux-mêmes dont l’humilité est, faut-il bien le reconnaître, rarement le trait distinctif (à leur décharge pourra-t-on dire que c’est rarement ce que leurs lecteurs ou leurs auditeurs leur demandent). La septuagénaire
9 juillet 2026

Front to Bach

On est déjà familier, chez Anne Teresa de Keersmaeker parmi tant d’autres, de l’utilisation de la musique de Bach, et plus particulièrement des Suites pour violoncelle, comme exhausseur du mouvement qui advient sur scène. Ici, grâce à une hybridation technologique, c’est un peu l’inverse qui opère : chaque spectateur, muni d’un
9 juillet 2026

À moi, comte, deux mots

On ne connaît pas grand-chose de la vie d’Isidore Ducasse, à commencer par ce pseudonyme de « comte de Lautréamont » que l’on suppose inspiré par un roman d’Eugène Sue. Partout où on le cherche, il se dérobe, jusqu’à sa mort dont la cause n’a jamais été clairement établie. Hapax
7 juillet 2026

Outrage au public

Après s’être emparés de thèmes politiques comme l’écologie (World Without Us et Are we not drawn onward to new erA), la finance internationale (£¥€$, présenté dans le « in » en 2019) ou encore la philosophie morale (T.M.), Alexander Devriendt et la compagnie Ontroerend Goed délaissent le champ politique pour un projet
7 juillet 2026

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025