
Une arène familiale à la Rambert promet habituellement un jeu de sèche famille, avec des cartouches verbales tirées en diagonale, sans pause et sans tendresse. Mais depuis « Dreamers 2 », l’auteur-structurateur modifie sa langue (moins métaphorique) et sa théâtralité (moins unitaire). Il guette l’intériorité et le silence, s’ironise volontiers (« je ne bouge pas les diagonales c’est bien pour tirer » dit Stan avec nostalgie) ; et oublie sa radicalité modeuse pour une quête généreuse de vérité humaine.
Premier volet d’une saga de l’automne en trois saisons qui devrait hanter les plateaux jusqu’en 2029, « Les Conséquences » est une tragi-comédie qu’on condamnerait trop vite pour ses clichés narratifs, pour sa socio-généalogie qui artificialise le déterminisme en en faisant une locomotive narrative. Car ici, les ficelles enserrent moins la représentation qu’elles rassemblent : elles deviennent les leviers d’universalité d’une fable entièrement dominée par l’elite gaze — à l’œil politique heureusement bien crevé par tous les aveux d’impuissance et tous les ratages idéologiques qu’exposent ces grand·e·s bourgeois·e·s du Sixième. Persiste toutefois un humour quant à lui plus complaisant, car systématiquement nourri par le ridicule du mépris parisien – après Niort chez Houellebecq, Tulle est rayée de la carte de l’habitable ; après MacDonald chez Rodrigo Garcia, Pylône et Desigual remportent le (mé)prix du paradis ploucaillon.
Mais la constante vitalité, la capacité du spectacle à construire une durée qui déplie en peu d’apparitions l’épaisseur existentielle de nombreux personnages, font des « Conséquences » un moment de pur théâtre, où la performativité de la parole règne une nouvelle fois, où les conséquences vibrantes des mots transcendent et dérouillent toutes les ficelles romanesques. Et si Rambert traite en partie la jeune génération d’acteur·rice·s (parmi laquelle on citera l’intense et intérieure Mathilde Viseux) comme un pôle d’inquiétude et de résistance à l’ancienne et non comme une force politique complètement affirmée – cela devrait se rééquilibrer dans les prochains épisodes – il se montre très inventif pour rafraîchir les batailles morales de leurs aîné·e·s. Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, grand·e·s partenaires de déchirures rambertiennes, se voient offrir par exemple une très grande scène de théâtre, dialectique et déchirante, où le discours féminin met à mal la perception commune et bourgeoise de la double vie. « Dans la vie les moments faibles succèdent aux moments faibles » déplore Stan, à qui Pascal Rambert répond par un spectacle abimé par quelques séquences en force (danse et chansons italiennes notamment), mais surtout irrigué par le rêve théâtral le plus intense et le plus modeste qui soi : celui qui tente d’hurler et de murmurer, comme Jacques : « voilà une vie ».


