
Arne Lygre écrit des pièces de plus en plus concrètes où la pragmatique de la relation humaine – qu’il est l’un des seuls dramaturges à travailler aussi profondément – affirme sa radicale douceur. De fait, l’auteur norvégien ouvre des situations où la possibilité du lien et la disponibilité des êtres sont toujours plus fortes que les motivations et que les illusions individuelles. Le lien n’est qu’une fiction tant qu’il n’est pas vérifié et déplacé par la vérité affective du moment, par le présent des rapports : telle est la philosophie théâtrale et humaine de Lygre. Après sa mise en scène de Jours de joie qui trouvait cette zone sensible, Stéphane Braunschweig revient malheureusement à un théâtre trop partitionné psychologiquement. À une dramaturgie trop séquencée pour qu’advienne le grand mouvement flottant, vivant, le principe d’ouverture anti-individualiste que propose le texte. Les trois actrices évoluent dans des théâtralités peu fluides, peu contemporaines et qui ne se rencontrent pas. Le présent performatif essentiel à Lygre – celui où tout renaît, où tout est remis là – s’absente bien souvent. Les petits conflits que cette écriture cherche à complexifier, à troubler, à soulever, deviennent de bons vieux drames joués au premier degré. Et le spectacle, à la fois trop naturaliste et trop formel, bride le laisser être des trois femmes. Il fouille le drame bourgeois – le névrotique des liens – et s’arrête alors au bord du politique de la pièce, de son utopisme relationnel.



