
Deux artistes à pied d’œuvre, comme titrait l’une d’entre elles dans son dernier film : Delphine de Vigan signe sa première œuvre dramatique, Valérie Donzelli sa première mise en scène. Mais pourquoi une cinéaste si inventive adapte-t-elle une pièce si caricaturale sur son propre milieu ? Peut-être pour creuser le sillon problématique ouvert par À pied d’œuvre justement, film sorti au printemps dernier, truffé d’un mépris de classe qui, dans ce spectacle, brûle encore plus les yeux. On ne nous fera pas croire à la sincérité humaniste d’une pièce qui entendrait, tendrement, mettre en lumière les acteur·rice·s du dernier plan. En effet, son comique se nourrit de la vanité pathétique de ces figurant·e·s archétypaux·ales : rêve d’apparaître, pique-assietterie, candeur idolâtre, compet’ pour décrocher la silhouette … Quant à la mise en scène, informe et hideuse, elle se méprend complètement sur les possibilités et les proportions du théâtre. Donzelli s’essaye à des mouvements de foule sur la petite scène de la Scala, à une densification du plateau par des projections vidéos pâles et imprécises. Et elle fait miroiter l’immersion : sa comédie promet aux spectateur·rice·s de ne plus faire de la figuration, de venir danser dans la fiction. Sauf que personne ne peut quitter son siège : ultime ironie d’un énième spectacle condescendant sur les gens de l’ombre.





