
Paisiblement est, contrairement à son titre, une danse de l’après-coup, sur le qui-vive d’une prochaine destruction. Les trois corps au plateau, dont le chorégraphe franco-syrien Mithkal Alzghair, endossent les échos d’un massacre, celui de la communauté druze de Sweida en 2025, et palpitent d’un tremblement révolté, quoique toujours inquiet. Leurs vêtements tirant sur le noir cendré (guère besoin, en revanche, des traces de brûlures dessinées sur la peau, figurations cosmétiques) portent le deuil d’un village qui n’est peut-être pas seulement syrien, qui n’est d’aucun pays, ou plutôt de tous ceux meurtris. Car ici, les panneaux de carton brandis en guise de protestation sont sans message circonscrit.
Paisiblement est, plus encore, une danse de l’entre-deux, semble-t-il, où dans la finesse des ondulations de dos se lisent une mémoire traumatique autant que le désir d’utopies, défaites des crimes de guerre anéantissant des peuples. Les jeux de jambes et les pas frappés et répétés, aux consonances de danses traditionnelles, semblent se souvenir du séisme au rythme ressassant des percussions live, tout autant qu’ils portent un élan de résistance, dans leur évolution en sauts en canon ou en farandole heureuse à trois. Seul reproche, cette hésitation paraît par moments moins rendre compte d’une tension que trahir un agencement dramaturgique un peu maladroit – le rejeu oralisé et dansé de l’effraction des soldats dans le village est soudainement trop situé, jurant quelque peu avec le reste de cette traversée symbolique. Il faut enfin mentionner l’interprétation si précise de Mooni Van Tichel, dont la danse à l’affectation distanciée est d’autant plus saisissante.





