7 juillet 2026

Corps résistants

Corps en résistance
Sung Im Her
© Christophe Raynaud de Lage

La chorégraphe Sung Im Her met en spectacle, avec 1 Degree Celsius, des corps qui réagissent et résistent contre une crise climatique qui les oblige sans cesse à se réadapter.

Seule au plateau, Sung Im Her initie des mouvements discrets, retenus et fluets, marqués par un calibrage minutieux, une variation dans l’infiniment petit. Ses pas sont lourds mais silencieux : le corps glisse et esquive quelque chose qui lui arrive du dehors. Laissant la place à six danseurs, le plateau se transforme peu à peu sous la variation des lumières et de la partition qui disent un bouillonnement toujours plus insupportable.

Les corps des danseurs réagissent, s’entrechoquent, se rencontrent, s’adaptent. Les appuis sont sans cesse renégociés, les bustes ploient, se plient, se déploient sans jamais céder, comme une injonction à faire face à cette nature qui nous vient du dehors et que nous avons contribué, par la mécanique d’une production industrielle cadencée et effrénée, à dérégler. Manifeste sans sensationnalisme ni recherche d’effet, 1 Degree Celsius dit l’urgence à prendre sa part et à refonder les bases de la société pour vivre en symbiose avec la nature, sous peine de disparaître.

Milène Lang

Milène Lang

Agrégée de lettres modernes, enseignante et doctorante en littérature comparée, Milène Lang a collaboré avec le média culturel Zone Critique dans la rubrique « Spectacle vivant » et elle alimente le blog « La Partie des Critiques » sur Le Club Mediapart.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Milène Lang

Tourner en rond dans la nuit dévorés par le feu

Dix ans après son adaptation de 2666, le roman-somme de Roberto Bolaño, Julien Gosselin pénètre à nouveau, avec Maldoror, la dense forêt labyrinthique que constitue l’œuvre du Chilien. Pendant près de six heures, il invoque, dans la cour d’honneur du palais des Papes, une vaste galerie de personnages, comme autant de
7 juillet 2026

La poésie écrite dans l’estomac

Entre les tripes et le cœur, Ce que le ventre dit, créé par Lisette Lombé et Marc Nammour, choisit un troisième chemin : celui des viscères, là où les émotions ne sont pas encore domestiquées par le discours, où la colère et la tendresse cohabitent, où les mots ne cherchent pas
6 juillet 2026

Le culte des icônes pop

Avec Les Grandes absentes, la metteuse en scène Jeanne Lazar poursuit l’exhumation des grandes figures de la musique pop française qu’elle avait initiée avec Neiges éternelles. Ce second volet, plus passe-partout, met à l’honneur deux femmes, aussi hiératiques qu’exubérantes : Mylène Farmer et Céline Dion.  La scénographie minimaliste : une table sur
27 mai 2026

Mala canso au féminin : le désamour, la poésie

Dans Vudú (3318) Blixen, Angélica Liddell livre, en cinq tableaux au chromatisme intense, une dense mala canso féminine, où les mots, chargés comme des pistolets, lient amour, écriture et violence. Convoquant le souvenir de celui qui l’a trahie, la Catalane invoque la force démiurgique et rédemptrice de la littérature comme
5 avril 2026

This machine kills fascists

Avec Patatas fritas falsas, Agnés Mateus et Quim Tarrida proposent de regarder le fascisme en face. Dans une forme qui emprunte au cabaret, les deux artistes catalans se refusent à faire des fascistes des fantômes enfouis dans une mémoire conciliante et volontiers partielle. Actuel, le spectacle sonne comme un appel
24 mars 2026