
Haute et salutaire ambition que de tenter de ramasser en une heure et des poussières une des périodes les plus denses et édificatrices de l’Histoire française, allant du 5 mai 1789, date des cahiers de doléances, au 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI. Mais pas sans risque. Brioches et Révolution !, dernière création de Bérangère Jannelle, le sait et y veille la plupart du temps.
Honorant son titre qui coordonne des choses avec la chose révolutionnaire, la dramaturgie réserve une place délectable au maniement des aliments disposés sur une table de banquet, pour ancrer cette traversée historique. Croissants, chouquettes, baguettes, farine et autres matières comestibles servent tour à tour de métonymies de la société fin-dix-huitièmiste (le pain pour le Tiers État, évident mais très juste référentiel, les croissants pour la noblesse, les chouquettes pour le clergé) et de métaphores (une baguette pour un fusil), jusqu’à se muer en agents d’une scène épique, qui ravit les yeux.
Le désir de justesse est louable dans ce théâtre de peu, qui voit glisser les deux comédien·nes avec aisance entre toutes les figures politiques et sociales majeures d’alors, et évite les encombrements réalistes dans une scénographie mouvante, pour mieux se centrer sur la teneur infiniment universelle de ce qui se joue alors. Pour autant, à trop vouloir déployer les ramifications multiples inhérentes à cette période révolutionnaire, le spectacle n’échappe pas parfois à certains survols. Ainsi de cette scène dans la sphère intime, qui voit un couple s’opposer au sujet de la violence populaire – faut-il l’encourager ou la décrier ? Trop vaste question pour être traitée si rapidement. De même, l’ellipse entre le 5 octobre 1789 (date de la réclamation de pain et de droits par les Parisiennes) et la guillotine du roi est traitée par un raccord maladroit, qui perd un peu les jeunes spectateur·ices alentour.
Cette réserve n’entache que peu les qualités de Brioches et Révolution !, spectacle à la forme si démocratique. L’une d’elles, remarquable, est d’écrire indirectement un palimpseste du récit historique de 1789. Et à multiples mains, puisque le corps public est constitué en corps politique et social grâce à une confusion immédiate entre espace théâtral et dramatique (la Salle des États généraux, à notre entrée). Le texte sait relire entre les lignes de l’événement révolutionnaire pour discerner les plus résonantes avec notre époque, dans laquelle, par endroits, les privilèges fiscaux et l’autoritarisme refont surface, et la liberté, concept défini en ces temps, est ébranlée.



