
Y a fuckQkueen gorgé de nidsXscxssxXx de moui:lle qui flaquent le sol à mémoire de fontexsCXscsxXxs et Danseprophétiqueàl’îlebizarre. Voilà deux propositions très indisciplinées, comme le festival actoral sait si bien en dénicher, aux titres valant d’audace linguistique et formelle en soi, et dont la programmation en une même soirée invite à chercher entre elles une résonance. Outre qu’elles s’apparentent toutes deux à une activation d’une installation plastique, elles inventent un lieu défiant les normes, au sein duquel poétiser, performer et (re)trouver un monde désirable.
Le fond de cave et l’aire d’autoroute, topoï de la marge, imaginés par la jeune autrice et performeuse marseillaise Hippolyne NxNN, trouvent leur écrin scénique sensé dans ce tiers-lieu qu’est La Compagnie, nouvellement investi par le festival. Seulement suggérés par des signes – un son humide pour l’un et un échafaudage et des praticables pour l’autre –, ils se veulent surtout l’endroit d’une spatialisation du langage.
Si la première partie (celle se déroulant dans le fond de cave) paraît un peu flottante dans sa dramaturgie, et se raccorde maladroitement à la seconde (l’aire d’autoroute), celle-ci, plus longue, se tient au contraire par la concrétisation du projet poétique et poïétique de la performance : faire trembler le langage normatif et déborder ses carcans, par le dire autant que le faire. Ingénieux choix scénographique, en cela, que de symboliser la rigidité de notre système langagier par un échafaudage à infiltrer, à ébranler, à perforer à coups de talons aiguilles, et à transformer, littéralement, en terrain d’exercice. De sa voix rauque et son corps ondulatoire de liane flashy, la performeuse rend ici le langage à sa matérialité malléable pour mieux le vider de ses règles binaires et patriarcales, l’épuiser, et en muscler un autre, qui en est sa métamorphose queer – l’imagerie du cabaret, qui infuse l’ensemble, trouverait là sa pleine portée symbolique. Certes, le sens de cette nouvelle langue étrangement familière, affranchie et polymorphe, inspirée des typographies post-binaires, n’est pas toujours évident à saisir – mais ne serait-ce pas, dans une certaine mesure, le propre d’une révolution poétique à ses débuts, en ce qu’elle entend précisément trouver une langue, selon la formule rimbaldienne ? Si la compréhension de la narration contée par la performeuse s’en trouve, de ce fait, par moments altérée, s’offrent en revanche des fulgurances poétiques qui accrochent l’esprit par la force politique de leurs images. Création de mots hybrides (« acoufières », « technichiennes »), modification de phonèmes (« enverjure » au lieu d’« envergure ») ou vibration répétitive du « x » final inclusif pour en imprimer l’espace, sont autant de jeux sonores jouissifs rendus quasi haptiques par un travail sur la voix, amplifié par un micro. Et qui laissent imaginer, par ailleurs, une vaste et passionnante exploration des correspondances entre matérialisation visuelle de cette typographie très graphique et son oralisation.
Quant à Geneviève, tristement amputée de « son » Matthieu, décédé en février 2025, avec qui elle signait toutes ses performances depuis la fin des années 1990, elle façonne un territoire absolument autonome et atemporel. C’est « l’île bizarre », une installation que le couple d’artistes québécois avait commencé à imaginer ensemble, et que Geneviève endeuillée arpente et active désormais seule (si ce n’est avec la complicité d’un athlète-poète), dans la présence absente de Matthieu. Re-conférant une certaine sacralité à l’ancienne chapelle qu’est le Théâtre des Bernardines, la performeuse fait de l’espace scénique un sanctuaire dans lequel la quasi-totalité des objets des plus disparates (un tapis de danse, un « guide des caresses » imprimé…) valent de reliques d’un temps de création et de vie à deux, qui nous est conté.
Par là même, la démarche originelle, toute quesnienne en ce qu’elle revendique le non-abouti, l’anti-productivité de l’art (la danse est ici une gesticulation, les poèmes lus sont absurdes, le son et le chant éveillent des êtres qui disparaissent aussitôt convoqués), et qu’elle donne à l’informe une grâce insoupçonnée (ainsi de ces créatures indéfinissables en matière gonflable qui occupent le plateau), se dote d’une autre dimension. À l’impératif métaphysique – quelque part, quesnien lui aussi – de faire de l’art comme « une raison de faire quelque chose », s’adjoint un nouvel impératif, disons, plus psychique – faire de l’art pour continuer à faire quelque chose et ne pas sombrer. Ce collage de multiples tentatives d’actions, dont la charge d’affect propre à certaines reste toujours mise à distance par l’humour, vaut alors autant d’impérieuse nécessité de survie dans un monde dépeuplé de sens puisque l’aimé manque. L’île bizarre de Geneviève Matthieu (ou l’il-bizarre de Geneviève ?), précieux territoire indispensable pour tous·tes, car fondamentalement inutile, et pour elle doublement, car intimement salvateur.




