
FANFARE (Experience) ÉLECTRIQUE fait au cirque ce que Dunkerque fait au carnaval : répandre, dans les formes établies, une énergie poiscailleuse et burlesque, franc-tireuse et braillarde, lacérant tous les numéros classiques du cirque (trapèze, monocycle, diabolo etc.) d’une bosse grosse dose d’unheimliche. C’est beau, bizarre et extrêmement joyeux. La troupe menée par Hervé Vallée décalibre les fondamentaux du cirque, nous laissant croire, sous des numéros au cordeau, la redoutablement excitante possibilité du déraillement. Heureux soient tous ces fêlés qui capturent et propulsent la lumière sous le chapiteau : la ballerine funambule aux pieds tendus sur des goulots de bouteille, madame Loyale balançant une pluie de pop-corn dans les gradins, le diaboliste aux airs de petit prince enragé. Mon assistante de cinq ans sourit tellement que sa joue lui ressort par les coins de la bouche. Et puisqu’il serait tout à fait ringard, en plus d’interdit, d’avoir de vrais animaux sauvages sur scène, autant laisser aux humains l’honneur de les incarner : un ours fildefériste se fait la malle, un tigre révèle une hallucinante contorsionniste à la souplesse de chewing-gum. Alternance de numéros immanents (resserrés sur des puzzle de membres, des jeux de mains et d’objets) et de numéros transcendants (il faut lever la tête : trapèze, ruban, voltige) et sublime réunification des deux dans un moment ou l’élastique délicatesse de la contorsionniste rencontre la force muscu-soyeuse d’un trapéziste en pleine suspension. Le free jazz qui accompagne en direct la scène à 360 degrés nous précipite encore un peu plus dans cette cacophonie faussement foutraque, ultramaîtrisée, d’acrobates qui, tout en accomplissant des prouesses d’équilibre, ont l’air de beaucoup s’amuser. Ma jeune spectatrice exulte, frappe des mains et des pieds, bourdonnant d’excitation, d’envie de virevolter sur un trapèze, comme à peu près tout le public, contaminé par ces turbulences poétiques à l’aura de punk magnifique.



