27 janvier 2026

Ensoleillé d’existence

Multiple-s
Salia Sanou
© Bastien Capela

Nouveau directeur du CCNN de Nantes, le chorégraphe et danseur Salia Sanou reprend  son concept Multiple-s — des rencontres face-à-face avec un artiste (danseur, musicien ou bien auteur) — dans le cadre du festival Trajectoires, avec un diptyque d’une grande élégance chorégraphique.  

On l’aura vu en duo avec Germaine Acogny, Nancy Huston et Babx (alias David Babin) : Salia Sanou ne reprend ici que le dernier volet Et vous serez là (création 2019) avec le compositeur-interprète, pour l’accorder à un nouvel opus, D’un dialogue avec vous, conçu avec la chanteuse Ange Fadoh. Mais de diptyque, la nouvelle mouture de Multiple-s n’a que l’apparence : les deux duos composent en filigrane un seul et même trio ; d’abord parce que l’énergie hétéroclite des deux musiciens se complète à merveille, avant même que l’épilogue ne les réunisse. Ensuite parce qu’à peu près tout dans Multiple-s est délicatement réduit à l’os : les chants telluriques a capella d’Ange Fadoh ; les notes séraphiques de Babx au piano, que les paroles chantées auraient presque tendance à alambiquer. Idem pour la danse qui, à de rares exceptions illustratives (une longue marche en surplace sur La Marche à l’amour de Gaston Miron, d’un lyrisme un peu hors de propos) se regarde et s’entend comme un subtil écho de la musique… Mais un écho qui aurait retranché tout le superflu chorégraphique du mouvement : la danse, parce qu’elle reste minimaliste, en préserve le substrat et la quintessence : un bras tendu longtemps, un pied frappé au sol encore et encore, un torse qui comprime le souffle. Elle fait presque signe vers une autre danse — plus extravertie, plus festive — dont on n’aurait gardé que les signes intrinsèques et indispensables. 

Soutenue par la création lumière délicate de Marie-Christine Soma — une lumière qu’on sent plus qu’on ne la voit —, les rencontres en duo et trio s’opèrent ainsi avec une grande élégance dans la boîte blanche, habillée seulement d’une tournette et de deux ensembles de tubes LED. Symboles eux-mêmes limpides mais pas didactiques : les lumières blanches deviennent volontiers carcérales lorsque Sanou danse entre deux barreaux ; quant au mouvement en rond de la tournette, cycle infini du recommencement, il est employé avec assez de parcimonie pour que jamais l’effet scénographique ne l’emporte sur la précision du geste. À vrai dire, même le regard insistant, presque martial de Sanou aux musiciens est dramaturgique : il dit à lui seul l’intérêt de la rencontre entre arts, médiums, cultures. D’ailleurs, Babx lui-même finit par faire un pas vers la danse de Sanou, encore une fois minimale — un appui sur un dos, une main levée en guise d’adieu— mais toujours, dans Multiple-s, d’une subtile grâce : « ensoleillé(e) d’existence », pour reprendre Miron.

Victor Inisan

Victor Inisan

Docteur en études théâtrales, spécialiste de lumière de spectacle, critique à Libération et aux Midis de France Culture.

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