
Retour sur la 19e édition du festival On Marche qui fêtera ses vingt ans en 2027, une étape décisive dans l’histoire du festival et de la Compagnie Anania, l’une des grandes compagnies de danse contemporaine au Maroc.
Fondé par le danseur et chorégraphe, Taoufik Izeddiou, le festival international de danse contemporaine à Marrakech « On Marche » propose à un large public marocain et international des spectacles, mais aussi des master classes d’interprétation et d’écriture chorégraphique, des ateliers, des rencontres et mentorats, dirigés par Nedjma Hadj Benchelabi. La transmission est ainsi au cœur du projet depuis quatre ans, notamment avec la création du prix Taklif, un programme d’émergence pour les jeunes danseurs de la région.
Parmi les invités de la 19e édition, le chorégraphe Bernardo Montet a dévoilé l’opus 2 de son projet au long cours, Le Sel des étoiles, deuxième volet d’un opéra avec les enfants de Marrakech ; l’intégrale sera présentée pour la vingtième édition en 2027. Dans la cour intérieure de la fondation Dar Bellarj, une douzaine d’enfants dansent avec la grâce fragile des innocents. De l’étrangeté initiale de risquer son corps en scène, ils apprivoisent petit à petit l’espace et les spectateurs, ils maîtrisent joyeusement leur geste et offrent un ballet hétéroclite qui entrainent nos yeux et notre esprit vers le ciel. Accepter d’exposer son corps dansant est en soi une victoire, que l’on soit un enfant, un adolescent ou une femme voilée.
La Terre en transe (le troisième opus d’une trilogie autour de la transe) de Taoufik Izeddiou est présenté en ouverture du festival. Cette dernière pièce célèbre les puissances de la transe, thème cher au chorégraphe marocain. Pas de décor pour cette variation en plein air. Il fait froid quand le soleil disparaît, les corps arrivent en chantant sous les étoiles. On a d’abord l’impression d’une pièce où chacun explore le chemin vers sa transe personnelle, sa spiritualité, son ciel. Plus souple et moins dense que les deux précédentes pièces, la force du groupe nous emmène progressivement vers des états modifiés de conscience, dans ces entre-deux fertiles, terreau des révélations et autres apaisements spirituels.
C’est surtout la présence des femmes qui frappe, solaires, les pieds ancrés dans le sol et les bras qui appellent le ciel, elles dansent ce trajet mystique de la terre vers les étoiles avec une rudesse et une énergie chthonienne qui donne tout son poids à la proposition scénique. Les corps sur le plateau rappellent la nécessité – par l’exemple et non pas le discours – de la diversité pour convoquer le monde : belges, espagnols, français, tunisiens, égyptiens et marocains, tous appelés à une même verticalité. La Terre en transe propose une danse qui cherche sans cesse son centre de gravité entre l’orient et l’occident, la ligne et le rond, l’individu et la collectivité, sans jamais trouver ni donner de réponses ; et la pièce laisse le spectateur libre. Certains dansent comme on crie, d’autres comme on rêve doucement. Plus les corps se déploient, plus on croit deviner à l’intérieur des âmes. « La danse est une voyeuse » dit Izeddiou.



