DR
Quelle autre pâtisserie que le flan possède un tel capital sympathie ? Honnête et sans prétention, calant l’estomac, auréolé d’un soupçon de plaisir régressif, sans compter son charme rétro-vintage qui lui assure sa hype absolue, le flan est au dessert sucré ce que le wombat est à l’animal : compact et sans trop de grâce, un peu pataud et extrêmement attendrissant. Il fallait tout de même le talent loufoque, albertdupontelien, de la compagnie de la Toque Flamboyante pour transformer cet objet convivial en MacGuffin de crème pâtissière : voici qu’un flan, mystérieusement déposé devant la porte d’une colocation, va semer la zizanie chez ses habitants, déclenchant des quêtes éperdues, celle d’Oegénie, fille de pâtissier abandonnée par son père cherchant à retrouver la recette originelle, celle de deux amoureux qui, ayant croqué dans la chair sucrée du flan aux pouvoirs cupidoniens, n’auront de cesse de retrouver, de flanterie en flanterie, leurs premiers émois – retrouver l’enfance et l’aurore de l’amour, autant d’espoirs vains et piteusement humains. Mais sans doute faut-il, pour accepter ces reconcements, entendre les formules scientifiques sur l’espoir d’un voisin en peignoir de soie, croiser des poules expressionnistes (œuf d’or au mouvement gallinacien du comédien). Et si l’existence est des-espérée, il faut quand même imaginer les humains heureux, manipulés par le mystérieux génie divinatoire des poules. Le flan n’édulcore ni ne console, il se contente d’être jeté là, dasein triangulaire, modèle de densité ramassée en lequel il faudrait trouver sagesse. Une farce sans fond de tragique ne serait pas une vraie farce, ce que ce spectacle, emprunt d’une acidité désenchantée, sans fin résolutoire, à l’énergie très justement dosée, a très bien compris.






