
Dans leur adaptation ratée de la série En thérapie, François Pérache et Charles Templon proposent tout de même un documentaire psychanalytique renversant sur Francis Huster.
Posons d’abord les coordonnées symboliques du spectacle. La scénographie est une petite pièce biseautée dont la matière – le contreplaqué – rappelle immédiatement aux spectateur·rice·s, même aux plus bourgeois·e·s du Théâtre Antoine, les murs rudimentaires des toilettes sèches. L’espace théâtral – le cabinet de Philippe Dayan, avons-nous besoin de surligner la syllepse – devient alors un lapsus en trois dimensions, dont la signification latente se fait de plus en plus vertigineuse. Au lointain, une fenêtre qui ne donne sur aucun dehors. Des décors vidéo cousus IA y défilent. L’horizon est littéralement bouché – métaphore d’un réel inaccessible, moins pour les clients.e.s que pour le docteur Dayan lui-même. Lui qui cherche habituellement, citons, à « trifouiller la merde » de ses patient·e·s, et qui là se retrouve avec son propre étron inévacuable sous le fauteuil – il a giflé sa femme, il est en instance de divorce : c’est un psy qui a besoin d’un psy, et qui devient son propre trou.
Autrement dit Dayan, et Huster avec lui, se retrouvent au stade fécal. Ce pôle où le moi, à force de contrôle du pulsionnel par le professionnel, en vient à se perdre et à dérégler son propre chez-soi, son propre régime de sphinctérisation. Dayan n’est plus maître en sa maison, ni Huster en son théâtre : les patient·e·s se permettent tout, arrivent trop tôt, mettent leurs godasses sales sur la banquette, posent n’importe où leur casque de moto. Le bureau-sphincter de Philippe-Francis s’emboue, jusqu’à la balayette ultime du psy et du grand comédien : le langage (« c’est de la merde ce que vous dites » lui dit-on). Mais là où le geste de Templon et Pérache va plus loin et raconte l’acteur vieillissant sous le masque, c’est qu’il envisage le stade fécal du personnage comme une contrariété et une nostalgie explicite du pôle libidinal de Francis Huster. En effet, on rêve longtemps que le beau Francis (l’apollon de Terre Indigo et de Zodiaque, maintenant un « curé avec une voix d’acteur porno » lui dit-on) séduise sa jeune patiente – qui reconnaît d’ailleurs son gestus phallique (elle lui demande de ne pas se mettre à l’horizontal, sur le divan, tant que lui est encore debout). Mais voilà qu’elle préfère le jeune bad boy – le pôle d’analité de la pièce, celui qui maîtrise le refoulement (le jeune homme, un policier, a commis un crime mais ne se sent « pas coupable » – il est littéralement l’ennemi pulsionnel du psy). Voilà donc Francis Huster, vieux beau devant l’éternel, se retrouvant « assis que sur son cul », comme dirait Montaigne, dans un cabinet sans sciure où il ne peut rien cacher, avec son réel qui cogne entre les mains, et son phallus sans sparadrap (image expliquée ici) entre les jambes.



