
Avec Sauve qui peut (la révolution), la Cie Roland Furieux livre un spectacle protéiforme adapté du roman éponyme de Thierry Froger paru en 2016. Alliant musique, cinéma et théâtre, les quatre épisodes qui constituent le spectacle sont autant de manières de creuser les multiples facettes du cinéaste tout révolutionnaire de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard.
Conçu comme une émission de radio avec les deux tables et leurs trois micros bigarrés, Sauve qui peut (la révolution) se construit comme une vaste partition musicale et visuelle de près de cinq heures, orchestrée par Laëtitia Pitz. Le spectacle, comme le roman, imagine la participation de Jean-Luc Godard, appelé affectueusement JLG – on devine l’affection de la metteuse en scène pour le cinéaste dans chaque choix opéré – à la Mission du Bicentenaire de la Révolution française en 1988, pour laquelle il se met à travailler à un nouveau film, rapidement intitulé 93 et demi : il se plonge alors dans les écrits de Michelet et il renoue avec son passé de cinéaste-militant (ou de militant-cinéaste). Pourtant, alors que son travail préparatoire le remet sur les traces d’un ancien camarade maoïste devenu historien de la Révolution, Godard tombe amoureux de la fille de ce dernier.
Superposant des images d’archives de Godard avec des extraits de ses films, tous projetés sur les multiples écrans au plateau, la metteuse en scène nous plonge dans les turbulences du travail de création, conduisant l’artiste à douter, s’énerver, renoncer, puis recommencer. Didier Menin Franchesni qui campe sans jamais le singer Jean-Luc Godard, souligne par son jeu juste et qui maintient toujours une distance ironique avec le réalisateur les puissants liens qui relient la révolution politique à l’ambition révolutionnaire de transformer le cinéma qui fut celle des Cahiers du cinéma et de la Nouvelle Vague. Pourtant, alors même que le musicien et clown Camille Perrin scandait régulièrement, par un flash rouge et une détonation, ce que la révolution peut avoir de tranchant, le spectacle s’achève avec la même parabole que celle dessinait par Thierry Froger. Celle d’une impossibilité à penser aujourd’hui la révolution dans les mêmes termes qu’en 1789 ou en mai 1968, préférant condamner les anciens révolutionnaires devenus boomers plutôt que de renouer avec la fougue, jugée juvénile mais bouillonnante d’une jeunesse qui crée, réinvente et conspire à transformer le monde et à changer la vie.



