
Stimulante idée que de creuser la postérité et les possibles chorégraphiques de la gestuelle iconique de Loïe Fuller, prodigieuse danseuse aux bras lourdement drapés. Mais Ongoing, dernier opus d’Ola Maciejewska dédié à cette recherche, brasse plus de vent qu’il n’en a l’air.
De fait, l’intérêt pour Ongoing se loge dans des fragments, que l’œil glane ici ou là. Ce qui peut être une qualité par endroits, mais surtout, en l’occurrence, un défaut.
Si elle rejoue d’abord la virtuosité des tours de bras de Loïe Fuller, en confinant à une certaine installation dans un imaginaire ondulatoire qui n’a plus rien du vertige suscité par leur aînée, cette écriture palimpseste cherche surtout à nuancer la relation au dense tissu, délié des seuls bras auquel il était arrimé jusqu’alors. Étiré jusqu’au paroxysme, le drap recouvre le corps entier d’un.e interprète, efface ses contours et le dilue dans une forme totémique qui le déborde. Ou bien, retiré peu à peu, il retrouve sa qualité d’objet à observer, à j(a)uger. Si certains de ses devenirs sont intéressants – comment la toute-puissance du tissu, qui annihile l’identité, se transforme en robe que l’on choisit de revêtir, pour mieux troubler cette identité retrouvée –, d’autres paraissent plus convenus – faire « pousser » un drap en spirale tel une plante. Ou bien encore, complètement enlevé, il continue de moduler des états de corps par la trace de sa disparition et le souvenir de sa matière, ce qui laisse apprécier la maîtrise de ces cinq danseur.ses.
Voilà, en somme, à quoi ressemble ce spectacle sans guère de dramaturgie, qui aime s’observer dans ses esquisses et s’essouffle vite : une accumulation de poses valant de monades, de monologues gestuels, plus ou moins redondants, qui s’accordent en cela à l’assommante partition sonore abstraite de Carola Caggiano. Une impression évidente et décuplée par le choix de la chorégraphe de faire danser, pour la première fois, un groupe. Celui-ci échoue à rendre cohérente et organique l’hétérogénéité qui le constitue. Il ne suffit pas de faire surgir sans direction du végétal, de l’animal, du spirituel et du métaphysique, pour espérer façonner la complexité d’un monde dans lequel il est possible de détourner le poids de la contrainte. Même lorsque l’humour, dans les derniers instants choraux, veut signifier un regard enfin distancié, qui se sait jouer avec les poses, il est trop tard pour qu’on s’y laisse prendre.



