
« Je vais continuer à faire des spectacles bien costauds. Je peux vous dire que dans quelques mois on va pas rigoler. »
On comprend mieux à quoi Julien Gosselin faisait allusion en janvier dernier, dans son discours prononcé à l’occasion de la remise des prix Plaisir du Théâtre et Jean-Jacques Gautier. Le spectacle costaud en question devrait bien tenir au corps. Le directeur du Théâtre de l’Odéon, ami bien connu du chef Alexandre Gauthier (qui vient de recevoir sa troisième étoile), a été sollicité par ce dernier pour concevoir entièrement la finale du concours Top Chef sur M6. Gosselin avait créé pour Gauthier un show culinaire mémorable au printemps 2024 (qui a donné lieu à un livre), où l’expérience gustative était densifiée par les fluos rouges et la fumée légendaire du metteur en scène — « bien plus enivrante que le petit azote liquide de la cuisine moléculaire » nous précise-t-il. La société Adidas créera pour l’occasion des toques spéciales – Adidas qui est désormais partenaire officiel d’un bon nombre de création du théâtre public (en témoignent cette année les costumes de Lack de Lorraine de Sagazan, de Honda Romance de Vimala Pons, et surtout du Musée Duras de Julien Gosselin – autrement nommé Musée Adiduras).
En avant-première, et avant qu’elle soit diffusée en juin prochain, Julien Gosselin nous révèle la dramaturgie d’une finale qui va dérouter les téléspectateur·rice·s. Soucieux de créer un pont entre le théâtre public et le show culinaire télévisuel, Gosselin a proposé un défi de taille aux deux candidat·e·s finalistes (dont il n’a bien sûr pas révélé le nom, pour préserver le suspense du concours). « On propose souvent aux candidat·e·s de Top Chef de faire des plats à thème, à message, je trouve ça ridicule. Il faut avant tout leur demander de fouetter la forme. Je voulais alors leur proposer des expériences esthétiques qui viendraient infuser leurs pratiques gastronomiques — l’avant-garde absolue proposée à l’Odéon cette saison permettait ça. Je leur ai alors demandé de venir voir les spectacles de la maison et d’imaginer des plats, servis lors de cette grande finale, qui viendraient cristalliser l’essence esthétique des gestes artistiques. Sans être illustratifs bien entendu. J’attends de reconnaître les spectacles dans l’assiette mais aussi de les méconnaître. J’aime casser les murs du théâtre, j’attends que les candidat·e·s pètent l’assiette. Je proclame la mort du théâtre en mettant les acteurs en vidéo : qu’ils mettent le culinaire patrimonial au cimetière eux-aussi. Des plats holographiques, rien dans l’assiette : pourquoi pas, je m’en régalerais. »
En exclusivité, la production de M6 nous a transmis les inventions des grand·e·s chef·fe·s de l’émission, jurys et invité·e·s, chargé·e·s d’inspirer les candidat·e·s en proposant eux·elles aussi des plats tirés de spectacle. Les voici.
• Le plat de Paul Pairet – inspiré du spectacle de Romeo Castellucci Bros : « La violence répressive d’un plat qui cache, comme la ruse de Prométhée, une chair humaine très tendre »
• Le plat d’Hélène Darroze, inspiré du spectacle de Carine Goron Noue : « J’ai voulu tisser une vraie amitié entre les ingrédients de ce plat. »
• Le plat d’Adrien Cachot, inspiré du spectacle de Carolina Bianchi La Mariée et Bonne nuit Cendrillon : « Cette artiste refuse la catharsis, moi la digestion. »
• Le plat de Philippe Etchebest, inspiré du spectacle de Julien Gosselin Le Passé : « Un plat bien gourmand, bien costaud, tout simplement. »
• Le plat de Stéphanie Le Quellec, inspiré du spectacle de Stéphane Braunschweig À Notre place : « J’ai voulu trouver la fadeur poétique norvégienne. »
• Le plat de César Troisgros, inspiré du spectacle Les Conséquences de Pascal Rambert : « Une pièce aussi démontée que celles de Pascal. »
• Le plat de Glenn Viel, inspiré du spectacle de Lorraine de Sagazan Léviathan : « Un plat de concours pour les biennales d’art culinaire contemporain. »
• Le plat de Cyril Lignac, inspiré du spectacle de Caroline Guiela Nguyen Valentina : « Un dessert trop sucré en apparence, mais dont le cœur est littéralement malade, amer. »
• Le plat de Mory Sacko, inspiré du spectacle de Stéphanie Aflalo Tout doit disparaître : « Que chaque bouchée soit vécue comme la dernière. »
• Le plat de Louise Bourra, inspiré des spectacles d’Angélica Liddell : « Une vraie soupe à la grimace. »
• Le plat de Mohamed Cheikh, inspiré du spectacle de Joris Lacoste Nexus de l’adoration : « Un paquet de chips à l’ancienne à tremper dans des sauces quantiques, qui condensent tous les goûts du monde. »
• Le plat de Pierre Gagnaire, inspiré du spectacle de Claude Régy Rêve et folie : « Révéler l’inconscient démoniaque d’un cornichon. »















