
Extrait de l’émission « Les Choses » du 13 mars 2026, avec Mathias Daval, Pierre Lesquelen, Mariane de Douhet et Milène Lang.
A retrouver en intégralité sur YouTube.
Pierre Lesquelen est enthousiaste : « Le texte me stimule beaucoup, à commencer par la forme : j’ai l’impression de lire un livre dont, à chaque chapitre, je ne sais pas quel va être le mode de narration. Si je devais le ranger, je dirais que c’est un essai, dans le sens où j’assiste à quelqu’un qui cherche sa forme et sa méthode en écrivant. Tout cela vient de Brecht d’ailleurs, cité en exergue. » Pierre Lesquelen évoque à ce propos le livre d’Edouard Louis : Changer : Méthode. Le fait que Louisa Yousfi assume de parler avec une voix problématique, ambiguë est « rare dans la littérature décoloniale ». Son texte est politique mais n’est ni dogmatique, ni systématique.
Milène Lang a trouvé le livre très beau, et aime le geste militant rappelant l’histoire de la Palestine, de la condition des exilés et de la diaspora, l’idée que celle-ci est la forme la plus haute du peuple, à l’heure du retour des grands impérialismes. « L’autrice évoque son tiraillement entre une identité un peu fantasmée, abstraite, qu’est l’Algérie, et son statut de Française. » Milène Lang souligne également le souffle mythique, mythologique du texte. « Louisa Yousfi part de quelque chose de très réaliste, administratif – l’épisode du consulat algérien -, pour rejoindre une autre voix, plus ample, un « nous », un collectif, qui fait que l’évocation de la Palestine est nécessaire et fondamentale ». C’est un « nous » qui dit que les peuples du Sud sont dans un moment historique dans lequel il va falloir créer une alliance, parce qu’ils sont en train de vivre quelque chose qui engage leur propre survie.
Mariane de Douhet trouve que c’est globalement un très beau texte, avec prose « puissante, volcanique, incantatoire », mélangeant à la fois prosaïsme et mysticisme, articulant une réalité très concrète, celle de la mort du père, avec le questionnement du secret et la foi. « Les plus belles pages, pour moi qui suis grande lectrice de Blanchot, sont celles où elle parle de mort et écriture et la façon dont cette écriture n’est pas là pour réparer, ni même pour saisir. Elle écrit pour rôder autour d’un vide qui génère la prose tout en l’empêchant. Tout ce qu’elle dit de l’écriture autour duquel il y a ce trou qu’est la mort du père, je trouve cela magnifique. » Mariane de Douhet a eu l’impression par moments de retrouver les Pensées de Pascal dans son interrogation universelle sur le doute et l’espérance. « Ce qui fonctionne très bien, c’est l’alliance entre d’une part la rigueur et l’ancrage d’une méthode, et de l’autre une envolée mystique plus flottante, plus diffuse. C’est très original. » Mariane de Douhet a tout de même été un peu gênée par « certaines pages, notamment celles sur la Palestine, où l’on sent la militante et l’affleurement de l’idéologie. Elle veut prouver que son texte est politique alors qu’elle n’en avait absolument pas besoin. »




