
Trois interprètes sur scène, l’un porte une tête de cheval, la seconde porte un cube qui représente la croupe (on la reconnaît à sa queue), la troisième ressemble à la seconde, ce serait donc le corps du cheval. Ils se déplacent, ensemble, dans un espace géométrique troué de sorties lumineuses. Un vernissage se prépare et l’assemblage équin s’interroge sur la marche à suivre. L’univers déconcertant proposé par le collectif suisse fonctionne sur le vide et la lenteur avec une attention minutieuse aux lumières et à la portée esthétique de chaque geste. La dramaturgie, souvent flottante, joue sur la bienveillance et la mélancolie, avec cette ironie en creux, légèrement déprimée, qui pourrait être la marque de fabrique de l’humour suisse contemporain.
Oui, mais voilà : le cheval qui peint parle aussi. « Je suis le cheval qui peint. Le soleil se lève délicatement. Ou peut-être qu’il se couche. C’est là que je suis. » Et nos trois interprètes devisent sur l’événement à venir avec cette façon de dire des banalités, qui touchent aussi le fond abyssal de toute parole. Et c’est là que le bât blesse, théâtralement parlant. « Nous avions envie de réfléchir à la figure de l’artiste et la question de la création, loin du cliché de l’artiste torturé, du doute et de la souffrance » répondent les Old Masters à la question que l’on se pose en regardant l’étrange représentation. « Ce n’est peut-être pas de la danse, mais ce n’est pas de l’écriture de théâtre classique non plus… Ce sont des peintures en quelque sorte. » Si la forme existe, on se demande malgré tout dans quel but. Sans prôner une efficace systématique de la représentation, on aurait aimé accéder au fond qui justifie la forme.



