
Avec Les Ailes du désir, Othman Louati signe une partition unique et aérienne directement inspirée du film éponyme de Wim Wenders sorti en salles en 1987. Au plateau, anges et marionnettes se mêlent et se confondent pour donner à voir toute la fragilité – comme celle d’une plume – d’être humain, trop humain.
S’ouvrant sur un vaste écran blanc dans le lointain qui rappelle celui des salles de cinéma, l’opéra Les Ailes du désir développe un dispositif scénique qui joue sur la transparence, les ombres projetées et les jeux entre la dureté de la terre et l’évanescence du ciel, traduisant au plateau la dichotomie entre les anges, tout aériens, et les humains, empêtrés dans une matérialité âpre et aride comme l’Allemagne et le Berlin des années 1980, avant la chute du Mur. Au plateau, les humains sont des marionnettes de Johanny Bert animées par les chanteuses et chanteurs et ils racontent, dans un livret de Gwendoline Soublin, le dur métier d’être humains.
La partition d’Othman Louati, toute en nuances, enregistre peu à peu la transformation de l’ange Damielle qui s’éprend d’une artiste circassienne et se languit toujours plus, sur une Potsdamer Platz vide et désaffectée, de devenir elle aussi humaine, de prendre corps et chair, de se laisser habiter par le souffle haletant des corps qui s’unissent et s’étreignent. La scène du concert – de Nick Cave dans le film de Wim Wenders – donne au souffle une place centrale avant de faire des anges, les marionnettes de bois d’un monde où, malgré la misère et les peines, rien ne vaut mieux que le corps-à-corps, sinon peut-être le corps-accord.



