
Après Mohamed El Khatib et Israel Galván, Maître Gims et Carla Bruni, Julien Gosselin et Alexandre Gauthier, le monde de l’art va pouvoir compter sur une nouvelle « collab’ » au sommet. La queen espagnole de la performance poétique va rencontrer la titane argentine du roman horrifique. Les deux amoureuses du scalpel s’apprêtent à créer le spectacle itinérant du prochain Festival d’Avignon, à l’été 2027. Elles sont à la recherche de différent·e·s interprètes.
AVIS D’AUDITION
« J’ai découvert l’œuvre de Mariana Enriquez il y a un an. J’ai été particulièrement bouleversée par Où es-tu mon cœur, une nouvelle où l’on croise une femme fétichiste des hommes ayant des problèmes cardiaques, une femme qui écoute leurs cœurs irréguliers pour mieux côtoyer de la mort. Je l’ai dit dans mon spectacle sur Mishima : j’admire celles et ceux qui se tiennent sur le seuil de la mort pour mieux contester la vie et son ennui. Lorsque Tiago Rodrigues m’a proposé de revenir à Avignon cette année, j’ai d’abord voulu adapter la nouvelle L’Hôtel de Mariana et la transformer en acte performatif. Dans ce texte, on rencontre une protagoniste qui va faire des trous dans les matelas d’un hôtel pour y enfoncer des chorizos. Des chorizos qui se décomposent et répandent dans l’hôtel une odeur épouvantable. Je voulais faire ça au palace avignonnais de la Mirande. C’était un acte antibourgeois qui me plaisait. Mais tous mes coproducteurs, qui séjournent là-bas, me l’ont déconseillé. J’ai donc fait le choix d’une forme plus collective.
Pour cette création, je ne recherche pas de profils physiques particuliers. On m’a parfois reproché de fétichiser certains corps et de réduire les interprètes à leur picturalité. Inspirée par l’œuvre de Mariana, dont les personnages sont souvent inassignables, dont les corps comportent toujours des cavités secrètes, des paradoxes, des altérations, je souhaite réaliser la première audition de l’invisible de l’histoire du théâtre. En effet, mon attention ne se portera pas sur ce que les candidats me montreront, mais sur ce qu’ils retiendront, cacheront – sur la part secrète, la part maudite, difficilement exposable, de leur corps et de leur être. Mon seul critère : trouver des êtres de mystères. Les profils contaminés de cette audition sont directement inspirés par des phrases de Mariana. »
Angélica Liddell, avril 2026
Profils recherchés
- Des femmes, entre 70 et 80 ans, « belles dans un lieu que nous ne connaissons pas, mais elles oui ».
- Des hommes (40-60 ans) ayant réalisé des « implants reptiliens » intradorsaux, invisibles à l’œil.
- Des femmes « borgnes » de tous âges, « s’habillant de telle sorte qu’il est impossible de deviner la forme de leurs corps ».
- Des « narco-sorcier·e·s » bien sous tous rapports.
- Des personnes qui n’ont « jamais vu leur corps nu », qui « se douchent les yeux fermés ».
- Des adolescent·e·s déjà « tombé·e·s/jeté·e·s » dans « un puits » durant leur enfance.
- Des cadres d’entreprises, dirigeants de start-up, masculins de préférence, qui « se sentent infectés, avec une rivière noire qui coule dans leurs veines ».
- Des femmes enceintes dont le « corps résiste à faire de la place au bébé ».
- Des « peintres sans mains ».
Période de disponibilité : mai 2026 jusqu’à une nuit encore indéterminée.
LE PROJET
Le spectacle sera une libre adaptation de Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, le dernier recueil de nouvelles en date de Mariana Enriquez. Cherchant un espace pour activer le titre de l’œuvre, Angélica Liddell donnera cette expérience sacrificielle dans les campings d’Avignon et des alentours, à commencer par celui de l’île de la Barthelasse et sa célèbre piscine olympique (La Palmeraie). Pensé comme une proposition situationniste qui vise à hacker le projet de Rachida Dati lancé à l’été 2025 (la « culture en camping »), le spectacle tournera ensuite partout en France au-delà du festival, jusqu’à fin août. « Encrasser les vacancier·e·s, faire percer l’Obscurité, la vérité de la mort pour briser le divertissement vulgaire, le mensonge des tongs » : tel sera le geste politique de Liddell et Enriquez. À cette occasion, les piscines des campings deviendront des rivières d’eau noire graisseuse, rappelant le fleuve Riachuelo dont Enriquez aime poétiser, dans ses nouvelles, la sulfureuse toxicité.*
LECTURES RECOMMANDÉES AVANT DE POSTULER
– Argyriadis, Kali. « Narco-satanisation et corps en morceaux au Mexique » in Cahiers d’études africaines, 231-232, 2018.
– Maldonado, Esmeralda. Traité comparé des cavités biographiques : comment dissimuler un squelette dans une existence administrative. Éditions de la Rivière Inversée, 1998.
– Von Schwarzwasser, Günther et Pérez de la Sombra, Jacinta. « Le chorizo comme pratique de résistance aux infrastructures hôtelières : odeur, décomposition et lutte des classes ». Actes du colloque international « Viandes lentes et architectures du
ressentiment ». Université de Valence, 2007.
– Musso, Guillaume. La Jeune Fille et la nuit. Calmann-Lévy, 2022




