
Annoncé comme une forme étrange hybridant théâtre et sport, Pas de souci est à l’arrivée un boulevard dystopique fatigant les clichés de vieilles comédies amicales darmono-kevadamsiennes.
Deux amis (comme disait Maupassant) – le ventre à bière contre le neoness, l’épicurien du futur (nous sommes entre 2037 et 2042) contre l’healthy biocoopé (subtilité des caractères), s’affrontent dans un jeu à venir : le Mif-Müf, sorte de ballon-morpion. Et avec le Mif-Müf ils oublient tout – femme, enfants, réel – ou presque. Car les darons Vitacool, dont les corps sont des décorps comme dirait Alain Damasio (c’est-à-dire des corps monitorés, audiovisualisés), parlent trop d’argent pour ne pas finir dans le décor. Usant d’une mécanique tensionnelle très forcée, qui repose sur un conflit à peine compréhensible (une vague histoire de 63 euros, de piscine) et sur des piques très répétitives (sur le bide de l’un, sur la fille rachitique de l’autre qui ne dit pas bonjour), le spectacle cherche le jeu de massacre surréaliste mais se rend à la case attendue.
Vers un gore post-shakespearien, sans sublime ni grotesque – celui de ceux qui ont beaucoup joué aux jeux vidéo entre potos. En effet, Pas de souci raconte moins la crise d’une amitié que la déchéance d’un certain théâtre de l’amitié : celui d’acteurs qui ne mettent jamais en perspective la masculinité, la surenchère virile plus rétrograde que futuriste avec laquelle ils font théâtre. Cette partie de Mif-Müf aurait pu être critique, le cadre testostéroné de Bouloudnine et Mikolajczak pourrait chahuter sa complaisance si le réel (une femme qui téléphone à propos des enfants, par exemple) venait jouer à la baballe avec eux et devenait autre chose que le vague contexte réaliste du spectacle – qui semble embêter encore plus les acteurs que leurs personnages.



