
Souvent mise en scène ou filmée, l’éducation relationnelle que fait subir la mère au fils donne parfois lieu à des représentations embarrassantes – celles où l’homophobie devient, par exemple, un moteur comique très complaisant.
Dans son écriture, Arthur Dreyfus évite plutôt bien ses écueils. D’abord parce que son moi autofictif se confronte à une femme apparemment équivoque, sans tracé caractériel – une mère que nous cherchons alors moins à condamner qu’à pister le refoulé. La mise en scène ravive de son côté quelques réflexes boulevardiers, même si son premier quart d’heure démontre une foi dans un théâtre purement situationnel qui, s’il n’est plus trop de saison, prouve encore sa capacité à approfondir les rapports humains. Mais l’ensemble s’enlise vite dans une lourde démonstration psychanalytique sur la transmission de la frustration ; à la fois très verrouillée – parce que visiblement dominée par le projet cathartique de son auteur — et très floue dans ses intentions dramaturgiques et politiques. Évoquées par une enfilade de révélations à la fin du spectacle, où l’abondance de récits trahit une situation dramatique sans enjeux durables, les violences sexuelles et sociales sont si expédiées qu’elles deviennent des motifs dépolitisés.
Et le personnage maternel lui-même relève vite du fantoche : il est écrit (et interprété) dans une suite d’états psychologiques parfois schématisés qui, au bout du compte, sont moins la preuve de sa complexité que de ses contours assez infondés. La protagoniste reproche d’ailleurs au jeune homme son goût des symboles et des démonstrations freudiennes – qui compliqueraient tout. Arthur aurait dû écouter sa créature d’autofiction, tant son geste assez autocentré, qui l’édifie spectaculairement en pôle de sincérité (d’abord par son jeu infra-théâtral) – l’empêche d’être regardé et confronté par ses propres personnages féminins. Ce qui charrie une certaine misogynie. En effet, contribuant seulement à la symbolique du drame, celle qui joue la jeune compagne (Louise Hardouin) n’a droit qu’à quelques zestes de l’orange flétrie du drame : une présence muette, des sourires polis, des acrobaties, et un vieux tour de magie sous la table – qui la fait disparaître encore plus littéralement.



