
Entre l’expressionnisme tendre de Charlie Chaplin et les grimaces au grand angle de Caro et Jeunet, il y a un univers commun, burlesque, noir et humain qu’il me tarde de faire découvrir à mon assistante critique de 5 ans. Intuition que cette mise en scène très broadway d’Oliver Twist, ambiance misère & fantaisie, visages années 1920, faces blanchies et traits outrés, pourrait constituer une introduction. Et en effet, l’orphelin le plus célèbre de l’époque victorienne a un petit air de Pierrot sans sa larme, trouvant dans le grand souffle vital des claquettes de quoi se requinquer de son destin tragique. La scénographie est sous réverbère : on est bien dans les bas-fonds de Londres, embarqués dans les tribulations de jeunes orphelins réclamant une portion de gruau supplémentaire, chapardant des billets à de vieux à monocle. La mise en scène survoltée de Ned Grujic est portée par de jeunes comédiens qui savent absolument tout faire (french cancan, œil diabolique et chants fougueux avec le même brio). L’énergie truculente des comédiens est telle qu’elle détourne ma jeune spectatrice de sa larme imminente (Dickens n’a pas fait sans le pathos, et ça marche) ; habile dispositif pour cette comédie musicale qui évite miraculeusement le kitsch, qui consiste à créer l’émotion, mais à ne pas s’y appesantir par d’immédiats ricochets et un rythme endiablé.



