
Après s’être emparés de thèmes politiques comme l’écologie (World Without Us et Are we not drawn onward to new erA), la finance internationale (£¥€$, présenté dans le « in » en 2019) ou encore la philosophie morale (T.M.), Alexander Devriendt et la compagnie Ontroerend Goed délaissent le champ politique pour un projet métaréflexif sur le théâtre : quelle place a vraiment le public dans un spectacle ? Assumons de divulgâcher un peu : s’appuyant, comme à leur habitude, sur la participation immersive des spectateurs, les Flamands forcent la main, nous obligeant à accepter d’être filmés, en partie à notre insu, pendant tout le spectacle, en plan large, en mouvement, mais aussi en plan serré, dans un renversement aussi facétieux qu’extrêmement embarrassant – et posant mille questions déontologiques – de la charge de la représentation. On apprendra que celle-ci, d’ailleurs, est la résultante des suggestions des publics précédents. Tout l’enjeu de Merci d’être là tient sur sa propre contradiction : se voulant un hommage au spectateur, il en devient, par la violence de son dispositif, un outrage qui pourra susciter autant la jubilation – si l’on est sensible à la bienveillance revendiquée du discours – que l’agacement définitif.



