
Cela fait plusieurs semaines que ma jeune spectatrice vocalise, s’essaie aux pulsations sur deux octaves de la Reine de la nuit. Je m’engouffre dans la brèche de cet intérêt naissant pour l’opéra et cherche un spectacle qui l’initierait avec fantaisie à l’art lyrique. Ca tombe bien, il existe, mené avec talent par – ce jour-là – l’énergique chanteuse lyrique québécoise Mylène Bourbeau. Avant même sa voix virtuose, ses mimiques expressionnistes et son entrain formidable (cet allant québécois enthousiaste à côté duquel les Français ont l’air de peines-à-jouir houellebecquiens) dynamisent la scène et attrapent l’intérêt des enfants. Nous sommes donc dans la loge de la cantatrice Aria Tralala, à quelques minutes de sa montée sur scène. Découvrant avec surprise le jeune public venu la voir, elle entend bien présenter à celui-ci quelques-unes des mélodies les plus célèbres de l’opéra. La diva entame alors un récital des airs les plus iconiques et/ou accessibles aux enfants profanes (du duo des des fleurs de Lakmé (Delibes) en passant par Bizet, Mozart, Offenbach, Gounod, Rameau, etc.), explicitant brièvement le contexte de chaque histoire, enfilant des perruques pour mieux les incarner, tandis que sa robe blanche devient surface de projection d’animations vidéo. La fantaisie visuelle – ce carnaval de costumes et d’apparitions – donne accès à l’écoute. A travers un répertoire thématique de duos/grandes passions/chanteurs lyriques masculins, ce ludique panorama de l’opéra échappe totalement à l’effet zapping, grâce à d’habiles transitions de l’interprète, qui sollicite et les voix et les gestes des enfants. Chez la jeune spectatrice, la Flûte enchantée en yaourt a désormais laissé place, grâce à ce beau et intelligent spectacle, au playback de la “larme furtive” de Donizetti.



