
« Mais !!!! Ce sont des enfants sur scène !!!! » Explosif étonnement sonore de mon assistante critique et d’un de ses copains, qui n’en reviennent pas de l’irruption de leurs semblables sur le grand plateau nu du Centquatre. Ce qui frappe, à bien y regarder, ce n’est pas tant que dix enfants, entre 6 et 12 ans, prennent possession de la scène pour un exubérant moment d’Action Painting, mais le fait qu’ils y évoluent seuls, délestés d’adultes environnants, maitres et possesseurs du chaos coloré qu’ils vont produire, 1 heure durant, transformés en pinceaux vivants, maculant de leurs empreintes sauvages, la grande toile blanche qui recouvre le plateau. C’est un rêve de patouille (envie d’être à leur place, de disparaitre sous les couleurs, de se rouler dans des substances visqueuses) et un spectacle qui prend à rebours le conformisme naturel des enfants, stupéfaits d’une telle mise à sac des règles domestiques habituelles : mais oui pourquoi, au fond, ne pas s’en mettre partout ?
S’éclabousser de litres de peinture et s’en badigeonner la face ? On se souvient de Lisbeth Gruwez (chorégraphe du spectacle, avec le musicien Maarten Van Cauwenberghe), qui dansait dans un bain d’huile d’olive avec une volupté énergique. On retrouve dans WASCO! le même plaisir de s’étaler dans la matière, de se faire glisser sur la toile au son des hoquets nerveux du free jazz. Lignes de craie/jets de peintures/mouvements de danse s’entremêlent, portés par le rythme faussement aléatoire et ascendant des cuivres. Le work in progress monte en puissance et s’achève dans un tableau pollockien. Mon assistante critique de 5 ans semble toute ébaubie de ce mélange de liberté, de règle, de jeu et de sérieux : sans doute découvre-t-elle ce qu’improviser veut dire, dans cette performance qui est aussi un éloge du débordement et de l’autarcie des enfants.



