
C’est un incontournable des jeunes oreilles, une mélodie qui réveille immédiatement des souvenirs d’enfance (les après-midis de pluie dans le préau), de sonorités immédiatement converties en animaux (ah ! la clarinette ou le son diablement espiègle du chat), d’instruments aux noms mystérieux (basson, cors). Pierre et le loup, créé en 1936 à Moscou, symphonie universelle, continue d’émerveiller les enfants. Les « dimanches en famille » du théâtre des Champs-Elysées en proposent une version contée par Alex Vizorek, maitre de cérémonie pimpant et facétieux, dont les blagues à double détente font rire les enfants et les parents ensommeillés en ce dimanche après-midi, et dessinée en direct par Grégoire Pont. Sur palette graphique, le dessinateur produit en simultané des images qui illustrent la symphonie de Prokofiev.
Conte allégorique, Pierre et le loup est surtout une initiation à l’art des correspondances, une entrée juvénile dans la métaphore (où les instruments sont les animaux). Les musiciens de l’orchestre Appassionato s’amusent de la palette d’humeurs et d’affects que leur instrument connote. Reste que l’équation est difficile : tenir l’attention des enfants 1h avec de la musique classique, assis sur des fauteuils. Si la jeune spectatrice qui m’accompagne adore (ainsi que le cadre grandiose du théâtre des Champs-Elysées, qui semble d’autant plus grand que ses spectateurs sont minus), nous constatons de concert, elle et moi, que nous regardons finalement beaucoup (trop ?) les dessins, oubliant d’écouter la musique. Il faut dire que suivre le stylet bouger à l’écran, dessiner avec la netteté numérique un canard ébouriffé, a quelque chose de bizarrement « satisfaisant », à l’instar des cahiers de coloriage pour adulte. On ne boudera pas notre plaisir : les enfants sortent sourire aux lèvres en fredonnant du Prokofiev. Et puis Pierre est un héros sympathique, un peu plus badass que le petit chaperon rouge, habile et débrouillard (avec son nœud coulant), pas effrayé pour un sou par la bête.



