(c) Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
Le risque est grand d’esthétiser la mort, d’ensevelir sa crudité sous la beauté plastique. Sans doute est-ce refus d’édulcorer non pas tant la mort que ce qui la précède, la « fin de vie » – expression consacrée, substantivée, juridicisée, qui, comme telle, n’est pas sans déréaliser l’horreur de l’agonie, qui anime le parti-pris naturaliste de Tiphaine Raffier, justifie ce scrupule, exemplaire, mis aux détails de la réalité du cancer.
Le dispositif vidéo, le mythe d’Argos Panoptès – celui qui voit tout -, la voisine qui espionne : les moyens techniques, mythologiques, symboliques se multiplient, pour voir la mort de près, soutenant Laure, jeune femme condamnée, exhibant frontalement la difficulté à avaler, le cerveau qui déraille, les douleurs qui font hurler. Et cette ronde attentive autour de celle qui s’en va, sismographe de ses derniers états, est à la fois une émouvante tentative de faire scaphandre familial et un échec, car à l’image du titre, celle qui est sur le point de mourir est déjà en dehors, et ses « aidants » des spectateurs.
Malgré quelques poncifs du genre (face au membre mourant de la famille, forcément les silences, forcément les maladresses, les bafouillements et les explosions) qui par moments trivialisent le propos, le spectacle fait éprouver avec force la disparition lente de Laure, la pesanteur de sa présence qui progressivement s’étiole : c’est en restituant des préoccupations effroyablement concrètes – un fauteuil médicalisé bricolé, l’obsession qu’a la sœur d’alimenter Laure, les lectures résumées de Thomas Mann par le frère pour occuper les derniers temps – que le spectacle est le plus juste, figurant l’impasse d’une tendresse finalement « transformée en geste technique », en « compétence » et protocole de soin. Si quelques prétextes narratifs sont en trop, que la troisième partie, trop longue, a des airs de problématisation didactique du sujet, difficile de rester insensible à cette traversée amphibie, à cette anomalie de la mort qui se gueule.
Avec Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret et Adrien Rouyard
Avec la participation vidéo Hélène Raimbault, Patrick Harivel
Texte et mise en scène Tiphaine Raffier
Dramaturgie Lucas Samain
Assistanat à la mise en scène Mathilde Saillant
Scénographie Hélène Jourdan
Lumière Kelig Le Bars
Vidéo Vincent Pinckaers
Cadrage Raphaël Oriol
Son Hugo Hamman
Musique Sylvain Jacques
Costumes Caroline Tavernier assistée de Paloma Donnini
Maquillage et perruques Judith Scotto
Régie générale Olivier Floury
Régie plateau Nicolas Bignan, Pierre Frenkel
Régie vidéo Nicolas Morgan
Régie son Hugo Hamman
Régie lumière Christophe Fougou
Régie maquillage et perruques Emmanuelle Flisseau
Administration, production, diffusion et communication Juliette Chambaud, Charlotte Pesle Beal, Elisa Seigneur-Guerrini, Max Beucher
Construction du décor Atelier du Nouveau Théâtre Besançon CDN
Traduction anglaise pour le surtitrage Sophie Troyna-Martins / La Pixelière
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