« Made in France » reprend la grammaire frénétique de toutes les fictions actuelles du théâtre privé. Plus précisément la recette de celui qui fait grosse recette dans le genre : Alexis Michalik. Histoire déroulée à toute berzingue. Scènes moins longues en bouche qu’un Tic-Tac fruit du dragon. Mise en scène qui gonfle sa rythmique virtuose pour masquer ses deux petites idées : panneaux qui bougent pour bouger, batteuse à vue qui scande des transitions plus denses que le drame lui-même. Encore du théâtre qui confond art vivant et divertissement vitaminant. Encore du théâtre qui a si peur du silence, du présent, du vide, qu’il change ses interprètes en marionnettes Playmobil. Celles qui n’ont rien à remettre en jeu chaque soir, juste chargées de refaire tourner la machine. Cruelle ironie avec une fable anticapitaliste et syndicaliste, avec ce théâtre épique si consommable qu’il est sans lendemains critiques. On crie souvent à l’embourgeoisement des pièces de Brecht dans le théâtre public. Du côté du théâtre privé, on avale l’esprit brechtien au profit de produits politiques ultradigérables — ceux qui chatouillent l’engrenage avec un pinceau plein d’huile de moteur.
7 juillet 2026
Que sont les fables marxistes devenues ?
Pierre Lesquelen
Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.
I/O n°118
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20 avril 2026




