
Avec Patatas fritas falsas, Agnés Mateus et Quim Tarrida proposent de regarder le fascisme en face. Dans une forme qui emprunte au cabaret, les deux artistes catalans se refusent à faire des fascistes des fantômes enfouis dans une mémoire conciliante et volontiers partielle.
Actuel, le spectacle sonne comme un appel sans complaisance à désobéir et se révolter contre un ordre du monde néolibéral, capitaliste et impérialiste qui attise la haine, fait son beurre sur le sang de ses victimes et exerce une violence dangereuse et mortifère. En s’ouvrant sur un immense drapeau de l’Espagne franquiste flottant au vent, envahissant l’espace scénique autant que l’expérience des spectateurices, le spectacle est placé d’emblée sous le signe d’une certaine la radicalité, celle de rappeler des évidences que la percée des différents partis d’extrême droite – quel que soit leur déguisement plus ou moins réussi d’ailleurs – confirment à chaque nouvelle élection. Alors même qu’une forme de lassitude finit par devenir friable dans le public, l’ouverture pousse encore plus loin la confrontation avec la réalité du fascisme contemporain. Seule en scène, Agnés Mateus vocifère, écume blanche à la bouche comme un chien enragé sur le point de mordre sa prochaine victime, toutes les phrases pernicieuses de la novlangue de l’individualisme capitaliste qui imprègne nos conversations – même les plus banales – et qui nous installe dans un confort petit-bourgeois n’épargnant personne, pas même les artistes. Tout s’achète, y compris la paix.
Saturant peu à peu la forme de ces phrases mille fois entendues, le spectacle souligne la persistance et la recrudescence du fascisme dans notre société. Dans un nouveau tableau, la marionnette de Franco, mort depuis plus de cinquante ans, dialogue alors avec celle de Marine Le Pen autant qu’avec la politique d’Emmanuel Macron, marquée notamment par la loi immigration. Comme un vautour rôderait autour de nouveaux charniers, fruits d’un sacrifice humain sur l’autel du grand capital, l’aigle fasciste se pare de paillettes et strass lorsqu’il est en pleine lumière, à l’instar de la tenue de cabaret que revêt Agnés Mateus lorsqu’elle distribue, en magnat de la finance attendant contreparties et renvois d’ascenseur de la part de puissances amies, des billets de banque à certain·es spectateurices dans la public. Pourtant, dans cette construction qui gagne peu à peu en puissance, aucune place n’est donnée à la résignation ni à l’abattement : seule demeure, comme une nécessité, la désobéissance face aux mécanismes confortables du capitalisme et face aux institutions, par trop souvent complices. C’est le sens même de cette machine à laver et de cette maquette de céramique éclatées à coups de maillet à la fin du spectacle. This machine – definitely – kills fascists.



