
Avertissement méthodologique : on n’a pas envie de dire du mal d’un spectacle prônant la tolérance, faisant connaître la mission progressiste des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, ce foyer queer de militants LGBT+ portant l’habit de nonne, né à San Francisco dans les années 1980, luttant avec l’extravagance du drag et la flamboyance de la fête contre l’homophobie, diffusant des messages de paix et de prévention contre le sida et, accessoirement, vénérant Saint Latex. Lost in Vatican est de ces spectacles par-delà bien et mal, dont la mission pédagogique noyaute l’expression critique, si bien qu’à moins d’être vraiment méchant ou de faire un disclaimer géant (comme ainsi fait), on se contentera de lui trouver un air de déjà vu : parce qu’il coche les cases (le document d’archive pour l’authenticité de la démarche, les chansons populaires pour la communion nostalgique, les montées en intensité dramaturgiques prévisibles), parce que son ressort comique simpliste -le contraste entre sainteté et irrévérence, dont le sous-titre de la pièce donne une idée Tu aimeras ton prochain bordel de merde !, parce qu’il raconte un énième récit d’initiation percuté – celui d’une jeune novice franciscaine prise à l’instant de son doute, suite à sa rencontre avec deux des Soeurs (forcément déjantées), à l’occasion d’un autostop épiphanique qui redistribue les cartes du sacré. A force de ponctuer systématiquement son propos par des punchlines blaguesques, le spectacle semble vouloir fuir tout risque de pesanteur, en diluant sa gravité dans le ricanement potache. Difficile enfin, de restituer à sa juste valeur la théâtralité intrinsèque de l’identité des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence sur une scène de théâtre ou, par définition, tout le monde joue. Reste que les comédiens sont fougueux et exemplaires, que les personnages de fiction qu’ils incarnent sont par moment émouvants (en particulier la jeune franciscaine, tout en clair-obscur), et que le spectacle capture avec finesse l’instant de vacillement que produisent certains croisements extraordinaires qu’on appelle les rencontres.



