Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

Les mourants redeviennent souvent enfants

26 février 2026
En dénervant La Mort de Danton – autrement dit en retenant le souffle épique et historique de la pièce – Arthur Nauzyciel rend paradoxalement le texte de Büchner à sa physicalité primaire, au sensualisme de sa pensée, à son anatomisme effaré.  Le geste brillant et sensible qu’il réalise, avec les élèves de la promo XII du Théâtre National de Bretagne,

Parle comme si tu es déjà mort

Lors de sa dernière apparition française, Angélica Liddell allait vers la joie et initiait déjà l’agonie sacrificielle du sacrifice poétique. Dans Seppuku El funeral de Mishima, forme encore plus anti-spectaculaire, sublime rituel sur l’envie sublime de mort, on croit la voir marcher pied nus sur ses dernières roses. Plusieurs rites

Lame de fond

Les spectacles didactiques et édifiants sur le vécu complexe des violences ont

Jamais sans la nuit

19 janvier 2019
Avec la programmation de la « Source des Saints » de Synge, parabole grinçante moins populaire que « Le Baladin du monde occidental », le T2G maintient un contact exigent avec la littérature symboliste affectionnée par son directeur Daniel Jeanneteau. L’adaptation de Michel Cerda, metteur en scène trop discret dans le champ de la

(J’) accuse

19 janvier 2019
Il fut un temps où Thomas Ostermeier s’en prenait vigoureusement à la politisation outrancière du théâtre contemporain, préférant ouvrir discrètement, dans les textes des répertoires classique et moderne, des pistes de réflexion sociologiques, économiques ou philosophiques. Dans ses récentes créations françaises, la parole politique s’est pourtant invitée discrètement au micro,

Chanter pour le vent

16 janvier 2019
Avec « Orphée aphone », le dramaturge (et chanteuse – sic) Vanasay Khamphommala signe sa première création en tant qu’artiste associé au théâtre Olympia de Tours, après avoir été le complice fidèle de son directeur, Jacques Vincey. Comme toute tragédie, le spectacle commence par un prologue, un rituel incantatoire ici, amorcé cet été

I’ve got my fucking periods

14 janvier 2019
Si le T-shirt jaune porté sur l’affiche laissait craindre une prolongation des récentes chroniques, un peu légères, proférées sur France Inter à propos d’un certain mouvement social, le nouveau spectacle de Sophia Aram préfère un humour féministe plus éculé. Il faut dire que le premier sketch, consacré à l’eau de

Sa douleur entre ses paumes

10 janvier 2019
Si la sculpture convoite depuis l’Antiquité l’énergie charnelle, la scène regarde quant à elle du côté de la pierre : cette clé de voûte duparagone sert de fil conducteur à l’essai, court et copieux, que Monique Borie publie aux éditions Deuxième Époque. L’approche interdisciplinaire dont profite chaque angle d’attaque problématique (vivant

De porc et de porche

3 décembre 2018
De la Huchette au Théâtre de la Ville, Ionesco peut décidément compter sur de fidèles obstinés pour reproduire sa défiguration insolite et insolente du théâtre. Loin d’institutionnaliser la malice littéraire d’un langage qui n’appartient qu’à lui, la troupe d’Emmanuel Demarcy-Mota, qui rejoue en cette nouvelle saison son “laboratoire“ fatrasique initié

Le ventre avec des ciseaux

20 novembre 2018
« Il faut partir de la solidité sur un plateau, et advient éventuellement la béatitude. » Prononcée lors d’une récente table ronde, cette formule de Christian Schiaretti promettait une judicieuse entorse aux préjugés sur le théâtre et la langue de Claudel que sa mise en scène de « L’Echange » a parfaitement démontrée. Jamais

The Square

14 novembre 2018
Cela fait maintenant une vingtaine d’années que l’œuvre théâtrale de Marius von Mayenburg, célèbre auxiliaire de Thomas Ostermeier, occupe régulièrement les plateaux français, dans des dispositifs décloisonnants qui rendent justice à sa voracité populaire. Après « Perplexe » qu’elle avait déjà présenté aux Théâtre des Quartiers d’Ivry, Maïa Sandoz s’attaque à sa

L’institut Braunschweig

12 novembre 2018
La dernière fois que l’on avait malmené Molière dans une salle de gym, c’était lorsque Jean-Marie Bigard avait voulu faire son Monsieur Jourdain en baskets rouges. Pas sûr que cette référence, aussi érudite soit-elle, soit très flatteuse pour le directeur de l’Odéon. N’est pourtant pas Ludovic Lagarde qui veut (lui

Le Songe et nous

8 novembre 2018
Cette reprise d’« Après la répétition » offre une conclusion délicate au nouveau triptyque Bergman que propose le TG Stan au Théâtre de la Bastille, irrigué par le spectre de Strindberg et du « Songe ». Si le drame suédois était explicitement convoqué par « Infidèles », dans une fantaisie expérimentale pleine de poussière parodique,

La guerre des vinasses

2 novembre 2018
Par-delà une pudibonderie esthétique très Française, qui nettoie les quelques excréments versés par Ostermeier, une douce apocalypse théâtrale émerge de ce pastel italien, native de la rencontre anachronique entre les prophéties sociales de Goldoni et les marottes littéraires d’Alain Françon. Pièce de la fin d’un monde, « La Locandiera » entérine, après

La grotte vitreuse de Barrie Kosky

30 octobre 2018
Le regain d’intérêt des plateaux contemporains et en particulier de la scène opératique pour l’œuvre de Maurice Maeterlinck se réédite en cette nouvelle saison par la double production de « Pelléas et Mélisande », l’une montée en ouverture du Théâtre de Bâle par Barbora Horáková Joly, l’autre créée par Barrie Kosky en octobre

I/O n°118

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