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L’homo debitor (l’homme de la dette) rédimé par l’amour, telle est la trajectoire de l’oeuvre. Là réside pourtant une aporie qui consiste à penser le monde économique comme l’autre de l’amour – ce qui vient le tuer ou le remettre en cause – alors que précisément l’affection pour autrui, c’est-à-dire aussi la dépendance envers lui, n’a été rendue possible que par le développement pluriséculaire du système de crédit. Souvenons-nous de Nietzsche : le sujet, l’âme et toutes les fictions idéalistes ne sont advenus à la réalité que par la médiation d’une nécessité strictement matérielle, celle de responsabiliser et de culpabiliser le débiteur.

Par là, c’est tout un monde qui était créé, celui de l’intériorité. La fable du philosophe allemand est historiquement contestable, mais elle a le mérite de complexifier cette relation entre amour et économie qu’il s’agit moins de penser en termes d’altérité et d’extériorité radicales que d’homologie et d’ambiguïté. Probablement la chose est-elle affleurée par Charlotte Lagrange, mais sa dramaturgie embrouillée l’enferme à la surface du réel, lui faisant privilégier, au sillon nietzschéen, une voie paulinienne beaucoup plus attendue, celle de la grâce comme relève de la Loi de l’économie. Rédimé disions-nous au départ, c’est-à-dire racheté. A la dette on ne saurait échapper, encore moins peut-être en amour.

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