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Le « M comme Méliès » de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier fascinait par sa reconstitution très fouillée de bizarreries spectaculaires modernistes et surtout par sa friction entre la politique illusionniste de Méliès et la distanciation d’un pur théâtre de tréteau. Ici la théâtralité est beaucoup plus conventionnelle, cette biographie éclatée de Buster Keaton s’apparentant à une succession effrénée et broadwayante de vignettes dont les enjeux reconstitutifs et contextuels l’emportent sur l’intelligence dramaturgique. La soif d’exhaustivité des deux artistes empêche toute profondeur et toute performativité de l’image. L’évocation d’Harry Houdini, roi de l’évasion contemporain du bondissant Keaton, donne lieu par exemple à une scène d’escapologie bien trop théâtrale pour être suffocante. Il est alors ironique qu’aucun gag ni parfum de dissensus n’émanent de ces tableaux léchés et expéditifs, et surtout que le corps sans prouesses de l’interprète principal (Samy Caffonnette) ne fasse jamais advenir la gymnastique politique de Keaton. On s’ennuie ferme dans ce spectacle aux fausses allures de laboratoire cinématographique, trop fastueux pour jouer sincèrement le bricolage, trop assertif picturalement pour faire croire à la naissance tremblante de ses décors, trop cadencé pour risquer la chute.

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