Poésie de l’échec

Derrière

(c) Loïc Seron

Second volet du diptyque « Le Vide », après « Les Galets au Tilleul… » (Avignon 2022), « Derrière » déploie une série de séquences – un solo de danse contemporaine sur Bach, un numéro de clown, une scène de double meurtre… – qui ne parviennent jamais à aboutir. Autant de déclinaisons d’un raté scénique dans lequel ce qui se joue est toujours ailleurs, au-delà des maladresses et des accidents, dans le silence ou l’absence : image sans son, son sans image, spectateur invisible, présence fantomatique, voix préenregistrées… « Derrière » est un spectacle sur le fil, s’absentant presque de lui-même, dont on ne sait pas très bien s’il est à force centrifuge ou centripète, et dont les deux interprètes constituent l’insaisissable et drolatique vortex. Particulièrement inspirés par le manque d’inspiration de leurs personnages, ces derniers proposent une vraie poésie de l’échec, jusqu’à son antiparoxystique et désopilant épilogue.