La fin des temps

Grand Finale
Par

© Christophe Raynaud de Lage

La compagnie Hofesh Shechter est de retour avec une nouvelle création tout aussi puissante que les précédentes et s’affirme en témoin sensible et intelligible de la brutalité de nos existences. La Grande Halle de la Villette a eu l’honneur d’accueillir la troupe en première mondiale.

Chorégraphe et musicien, Hofesh Shechter signe la partition corporelle et sonore de cette œuvre sombre en créateur total, digne héritier du génial Ohad Naharin. Avec ses danseurs, il a imaginé les dernières heures de notre humanité et a insufflé à ce ballet apocalyptique l’énergie du désespoir, les ultimes convulsions de survivants déjà disparus dans la gueule grande ouverte de notre fin. Dans les ruines fumantes de ce qui reste de notre siècle, des silhouettes courent pour échapper à la noirceur qui va bientôt les engloutir, derniers résistants au sol qui se dérobe sous leurs pas. « Grand Finale » invoque les cieux dans une danse-transe épileptique mêlée à des instants de douceur suspendus au-dessus du chaos. Cette capacité qu’a Shechter de venir provoquer nos entrailles avec la grâce hallucinée de ses chorégraphies se retrouve dans la composition musicale qui accompagne les danseurs. Des cordes vibrantes présentes sur scène se joignent à d’intenses percussions électroniques, nous entraînant dans une épopée cinématographique absolument captivante, et le mouvement se fait alors complet, prenant en otage les quatre murs de la salle. Les influences de Shechter sont multiples, folkloriques et classiques en passant par des sonorités et des gestuelles plus contemporaines ; un mélange toujours réussi qui séduit les publics les plus chevronnés comme les plus novices. Les sexes des danseurs disparaissent sous les haillons et face à la fin des temps, chose rare dans ce milieu où hommes et femmes sont encore et toujours assignés aux mêmes figures, aux mêmes schémas. Ici les couples se forment par alchimie et la beauté des artistes est rayonnante, hypnotisante. Après une heure de performance physique et de poésie aussi macabre que délicate, un entracte est annoncé et le spectateur, hagard, atterrit brutalement sur son siège. La seconde partie de « Grand Finale », comme un itinéraire bis, n’apportera rien de plus à l’œuvre et l’on se posera même la question de son intérêt, frustré d’avoir été tiré du premier acte sans sommation ni sas de décompression. Malgré une écriture rythmique globale étonnamment décevante donc, une chose est certaine : Hofesh Shechter est de ceux qui savent traduire et sublimer la rage et la détresse qui habitent chacun de nous.

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