(c) Lois Nys

Au terme de deux années d’une longue gestation contrariée par la période covidesque, l’ambitieux projet porté par la circassienne Inbal Ben Haim et les plasticiens Alexis Mérat et Domitille Martin voit le jour aux Subsistances : une ode au papier poétique et pleine de grâce.

Il ne sera pas nécessaire de convoquer Deleuze et Leibniz pour procéder à l’exégèse de ce « Pli » dont l’intention est toute sauf démonstrative. “Que le papier parle et que la langue se taise” ne disait pas Don Quichotte ? Tout commence par un déroulement littéral, un dépliement savamment orchestré de ces rouleaux immenses : introduction lente mais nécessaire pour comprendre l’origine de ce qui s’avérera non pas un accessoire mais bien la texture fondamentale de l’aventure plastique incarnée par Inbal Ben Haim. C’est à son apprivoisement que l’on est convié, à la déclinaison de sa grammaire visuelle et sonore – à son enivrant bruissement. Bientôt recomposé en corde verticale (d’ailleurs la spécialité de la jeune circassienne israélienne), jamais le papier aura été aussi organique, comme dans un retour à la matière vivante qu’il a été autrefois. Le corps oppose à la fragilité des feuilles de papier sa densité mouvante, et c’est là que le projet prend une dimension d’art visuel : il crée un espace-temps singulier, une sorte de mise en apesanteur que l’on pourra juger percluse ou légère selon son humeur du moment, mais assumée avec l’application d’une paradoxale expérience scientifico-magique. Au détour du spectacle, on découvre l’existence du MFPP, le Mouvement français des plieurs de papier, et l’imagination pose pas supplémentaire dans l’univers fantasmagorique des origamistes, intarissable source d’inspiration pour la scène.

  • 18
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par