Tombe la neige

Dissection d'une chute de neige
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En 1637, Descartes, fasciné par les nues, écrit un traité méconnu, “Les Météores”, dans lequel il ausculte la consistance d’un flocon de neige, révélant, sous l’effet dilatant de son rationalisme baroque ses “petits poils” et autres “colonnes de cristal”. C’est à la fois une tentative d’explication et un hommage poétique aux métamorphoses sublunaires, et on regrette un peu que cette “Dissection d’une chute de neige” s’intéresse moins à la condensation de la grêle racontée par Descartes (où le comble de l’observation scientifique rejoint le comble de l’abstraction sensuelle, par un tour de magie du Don Quichotte de la philosophie) qu’au portrait, par l’autrice suédoise Sara Stridsberg, de Christine de Suède (qui invita le philosophe à la cour de Stockholm en 1649). Cette dernière répondant sans doute bien davantage à un air du temps contemporain animé par le désir de décliner des figures, réelles ou fictives, de femmes émancipées. Elle est pourtant authentiquement admirable (et digne d’être racontée), cette Christine de Suède, “Fille Roi” obstinément libre, aimant les livres et les femmes, vibrante de questionnements sur la passion et le pouvoir, refusant de se marier avec son promis au nom de sa liberté. Marie-Sophie Ferdanne incarne, de sa voix habitée, cette révoltée des étendues glacées, à qui elle donne une incandescence fougueuse, qui contraste avec la gravité silencieuse d’une scénographie explorant des nuances de gris, de blanc blafard, d’espaces froids et infinis. Sur scène, un élégant container translucide, rempli d’une matière poudreuse entre neige et plumes, enferme la jeune Christine de Suède comme dans une prison de verre. Le jeu des lumières, entre néons et lumières bleues veloutées, la stylisation des comédiens en têtes blondes, évoquent un tableau symboliste, à l’onirisme sombre, dissimulant sous la blancheur aérienne de la neige une prophétie maudite. Force d’une mise en scène qui enveloppe dans une sensation duveteuse loin de l’intransigeance des affects de l’héroïne, mais qui peine à s’élever au-delà de ce simple récit. On retient des images, mais on a oublié les phrases.

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