Ariettes oubliées

La Double Coquette
Par

© Marc Domage

© Marc Domage

C’est une étonnante partition que le théâtre des Abbesses nous a donnée à entendre. « La Double Coquette » est une réécriture par le compositeur Gérard Pesson et le poète Pierre Alféri de « La Coquette trompée », une comédie à ariettes d’Antoine Dauvergne sur un livret de Favart. C’est une oeuvre par nature « palimpsestueuse » : tout naturellement, les ajouts contemporains viennent prolonger, en une rhapsodie insolite et enjouée, ce pastiche des « Sybarites » de Rameau, créé en 1753. Installant une complicité espiègle avec les spectateurs, Gérard Pesson, par ses compositions aux rythmes imprévus, fait par moments entendre Bizet, Mahler ou encore « Un jour, mon prince viendra ». Cette esthétique du caprice donne au spectateur le sentiment d’une invention improvisée, alors qu’elle procède d’une extrême sophistication.

Le livret de Favart puise dans le matériau théâtral de l’époque : apartés, travestissements, fausses confidences, portrait de l’être aimé – transposé ici sur un iPad –, sentimentalisme de convention et naïvetés compliquées… On est pourtant touché par la poésie du texte. Verlaine avait trouvé chez Favart le lieu de son inspiration. Tout est ici « sentiments flottants », tourbillon, aile légère ou ombres fugitives : « Ces feux errants / Dont la vapeur légère / Éclaire en voltigeant / Les ombres de la nuit / Égarent sitôt qu’on les suit ». Par ses propres vers, qui célèbrent la confusion des genres, Pierre Alféri détourne le texte avec élégance et en ravive le charme suranné. Tout dans ce spectacle nous enchante : les musiciens qui interprètent avec talent cette fête galante, les créations bigarrées d’Annette Messager aux costumes, le beau timbre et le phrasé remarquable du ténor Robert Getchell. C’est un spectacle raffiné, « soluble dans l’air », « sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».

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