Chute du mur

Un homme debout
Par

D.R.

D.R.

« Ma bouche sera la bouche des malheurs de ceux qui n’ont point de bouche. » Parce que Aimé Césaire a tout de même écrit les meilleures punchlines du xxe siècle – d’ailleurs Christiane Taubira n’a jamais manqué de les lui piquer –, j’ai eu envie de découvrir le spectacle qui se joue à l’Espace Saint-Martial, « Un homme debout », dans une mise en scène de Stéphane Michaud et d’après le célèbre « Cahier d’un retour au pays natal ». Je redoute un peu le cours magistral sur la négritude, Senghor, Damas, tout ça tout ça. Mais finalement la bibliothèque doit être fermée, car la mise en scène renonce à la lecture, pratique non théâtrale pourtant préférée par 80 % des compagnies du OFF cette année. Bref, je suis ravie de tant d’audace : dans « Un homme debout », on ne lit pas, on remue son corps sur de la musique et on reconnaît publiquement que le « Cahier d’un retour au pays natal », c’est un peu hermétique quand même.

Sur scène, un comédien hyperactif raconte ses origines et celle des Martiniquais en manipulant un baril de fer, un peu comme Peter Pan voyage au Pays imaginaire depuis sa chambre à coucher. La tempête gronde, il embarque sur un radeau, « lit de planches d’où s’est levée ma race », dans un tableau sur la traversée transatlantique. Un dispositif un peu trop minimaliste à mon goût, qui ne parvient pas à rendre moins opaques les vers d’Aimé Césaire. Et puis pour être honnête, j’aime pas qu’on brise le quatrième mur, j’aime pas qu’on joue à des quiz « négritude » avec le public, et j’aime pas voir les acteurs de trop près. Comme dit ma mère, « Chacun à sa place et les cochons seront bien gardés ». Mais je ne peux pas déconseiller ce spectacle, car ce comédien, David Valère, est doté d’une énergie vitale dont je suis jalouse, ce type d’énergie carrément résiliente qui ne « regarde pas à la dépense », comme dirait l’autre.

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