Dakar is burning

Le Bal du Cercle
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D.R.

Création de la jeune chorégraphe sénégalaise Fatou Cissé, « Le Bal du Cercle » fait souffler un vent de sensualité sur le monacal cloître des Carmes et remet au goût du jour le Tanebeer, moment festif de la vie traditionnelle sénégalaise réservé aux femmes d’une même concession. Et, un brin transgressif, le goût du jour s’inspire d’une variété de danses performatives : du kiki ball de voguing, apparu dans la communauté LGBT new-yorkaise, au catwalking, arrangé par l’installation de podiums sur le plateau, en passant par la théâtralité de la lutte sénégalaise. Le « cercle » n’a quant à lui plus aucun centre et renvoie pour ainsi dire à un espace profane, sans fonction rituelle. Les solos des danseurs en défont l’unité clanique, car c’est la singularité voire la rivalité qui prime, autant que le fait d’être vu – il faut dire que ça frime carrément, dans la cour du cloître. Et ça séduit sérieusement.

Car les formes dansées du sabar ont une forte charge sexuelle, et le travail chorégraphique de Fatou Cissé explore cette tension avec des danseuses tour à tour en boubou, en minishort ou totalement androgynes – d’ailleurs le seul danseur est travesti en femme. « Elle se fatigue, moi je ne me fatigue pas », provoque une danseuse faussement nonchalante. Tout est feint. Ce bal est une mascarade où il faut à la fois « garder la face » et nous faire « perdre la face » : « Pourquoi êtes-vous venus ? » nous demande-t-on au début du spectacle.

Et la scène se remplit sans qu’on y prenne garde : polyester, satin, plumes, organza, gaze, mousseline, paillettes à gogo et chaussures incrustées de faux diamants composent un ensemble de plus en plus kitch. Mais du kitch stylé-sapé, du kitch de carnaval où le mauvais goût, c’est l’étendard extravagant de la liberté : « Applaudissez notre numéro ! » Le spectacle ne s’achève qu’une fois les robes à terre et le travestissement épuisé.

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