Défiance et confiance

La Grande Saga de la Françafrique
Par

D.R.

D.R.

Le légendaire bouche à oreille du Festival d’Avignon m’a poussée vers la Manufacture, où je découvre « La Grande Saga de la Françafrique », spectacle de la compagnie Les 3 Points de suspension. Mais une fois installée sur mon siège, une série de déconvenues me rendent perplexe, et ma perplexité, féroce, ne peut se résoudre au pacte de bienveillance.

Pour commencer, l’affiche du spectacle m’annonce un Zorro noir, pourfendeur de la Françafrique. Puis le dossier de presse me parle d’un « one-man-show documentaire pour toute la famille ». Enfin, sur le site de la compagnie, je découvre le « safari musical » « Peace and Love and Bissap », où DJ Yabon pose aux platines dans une peau de léopard. Alors je me demande : 1. Où est passé le Zorro noir vêtu de noir ? Qui est cet homme blanc vêtu de blanc ? 2. Peut-on rire de tout ? (La base.) 3. Pourquoi DJ Yabon le DJ sauvageon a-t-il choisi ce blase colonial ?

Et je me dis que : 1. Avec son look de savant fou, cet homme blanc mi-sapé mi-camisolé va disséquer le cadavre sans sépulture de l’histoire africaine. Enfin, françafricaine. Ah, tiens ! Française aussi ! Et belge, avec Léopold II, le Burundi, le Rwanda, tout ça tout ça. 2. Une chose est sûre, c’est que je n’ai ri de rien, pas comme ce public demandeur d’humour potache et de questions/réponses sur la date de naissance de Thomas Sankara. Aaah ! Docet et placet, CQFD. 3. Sur scène, le même costume de félin de la savane agrémenté d’un accent « africain ». Le spectre d’un « blackface » rôde. Ce spectacle n’est pas pour moi. Il eût pourtant suffi d’opter pour un bon vieux théâtre de l’absurde (à ce titre, la dictature de Gnassingbé Eyadema ne demande même pas de réécriture) pour que j’offre ma bienveillance postcoloniale, sans aucune résistance.

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