Nad on hullud

N051 Mu naine vihastas
Par

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D.R.

Une chambre d’hôtel mortellement impersonnelle. Un homme entre, traînant sa valise derrière lui. Il parcourt la pièce, l’air hagard, se jette sur les bonbons déposés sur les oreillers, piétine. L’espace est trop grand pour lui, la solitude et le silence envahissent les moindres recoins du plateau. Épuisé, les yeux exorbités, l’homme panique. Sa femme a supprimé toutes leurs photos de vacances de son appareil photo. Néant.

De la différence entre mémoire et carte mémoire. La perte de ces photos a créé le vide autour de lui. Pourquoi ce besoin viscéral grandissant d’immortaliser les moindres instants de notre vie ? La photographie comme unique moyen instantané et accessible à tous d’arrêter les minutes qui filent à toute vitesse, comme machine à arrêter le temps. Sans images, nous serons oubliés. Sans images, nous oublions.

À ce besoin de laisser une trace concrète de notre passage sur terre vient se joindre cette triste tendance moderne qui veut que l’on existe grâce à ces photos que l’on pourra montrer, partager et diffuser sans limite. « Regardez comme on s’amuse ! Regardez comme on est cool ! » Le protagoniste de cette performance désopilante fait appel à sept comédiens pour recréer les instants perdus, ces instants qui s’effacent. Progressivement, l’appareil photo devient le lien qui les unit. Par un procédé technique très habile, les images prises sur scène nous sont directement projetées. C’est une expérience nouvelle, un nouveau contact, plus intime, avec les comédiens sur le plateau, même si l’on pourrait leur reprocher par moments un délire un peu trop « perso ». La performance explose, ça devient trash, obscène, et c’est absolument jouissif.

Malgré quelques longueurs, cet ovni estonien séduit par sa fraîcheur, sa beauté et son énergie communicative. Quelle belle bande de cinglés.

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